Les gens du label · Artwork
Dizziness Design, le trait qui habille les pochettes d’ODG Prod
François Terrien, dit Dizzi · Graphiste et directeur artistique, Tours

In short
Si vous écoutez du dub français, vous avez déjà vu son travail sans forcément le savoir. Dizziness Design, c’est le studio de Dizzi, graphiste installé à Tours depuis 2011 : plus de 2 000 créations, des pochettes d’albums aux affiches de festivals, pour plus de 200 artistes, producteurs et labels en France et ailleurs. Chez ODG Prod, c’est lui qui signe la plupart des pochettes de ces dernières années.
Un style reconnaissable entre mille
Un trait épais, des cadres remplis à ras bord, des lettres très rondes, pas un point, des couleurs qui explosent de partout : la patte Dizziness donne le tournis, et c’est voulu. Le surnom vient de l’anglais dizzy, étourdissant. Dizzi ne revendique pas le mot d’artiste, pour lequel il dit avoir « trop de respect » : il se présente comme designer et directeur artistique, et travaille comme on fait une mixtape, à la main, vite, avec le plaisir comme moteur.
Le parcours
Formé en design industriel à l’École de design Nantes Atlantique puis au Politecnico de Milan, il fait ses premières armes en design d’espace entre Bruxelles et Paris, avant de revenir à Tours et d’y ouvrir son studio en 2011. Il dit avoir commencé par recopier les lettrages des magazines avant même de savoir écrire, et se décrit comme un « accro d’Illustrator » : du vecteur pur, des formes simples, et une devise empruntée à Raymond Loewy, « la laideur se vend mal ».
Ses copains de collège s’appellent Biga*Ranx et Atili. Dès 2012 il signe les visuels et les pochettes de mixtapes du second, puis les pochettes du premier, de Good Morning Midnight (2013) à Nightbird (2015). En 2014-2015, avec Biga*Ranx et Rama Cazaux, il cofonde Brigante Records, le label tourangeau dont il dessine tout l’univers graphique et dont il sera le directeur artistique pendant sept ans. Avec Biga*Ranx, il avait aussi lancé une marque de vêtements, Tours Camp, clin d’œil à leur ville.
Le dessin ne reste jamais longtemps sur la pochette. Il réalise des clips d’animation faits main qui cumulent des millions de vues, comme My Driver (Biga*Ranx, O.B.F et Sr Wilson, 2020), un univers si reconnaissable que Biga*Ranx accusera Gucci de l’avoir copié, ou La Tête dans les arbres (Miniman et Ksanti, 2024) pour ODG Prod. S’y ajoutent des shows vidéo en direct, de la scénographie, des logos, et ses propres projets : une première exposition à Tours en mars 2016 pendant le festival « Ma Cité va Dubber » coorganisé par le label, une rétrospective de dix ans de création à la galerie Veyssière Sigma en novembre 2021, un magazine conçu comme une mixtape, une collection de mode entièrement générée par intelligence artificielle, jusqu’à un premier concept de chaussure.
Des pochettes pour toute la scène
Sa liste de références se lit comme un annuaire du reggae, du dub et de la bass music : Biga*Ranx, Atili, Taiwan MC, Nuttea, Manu Digital, Pupajim, O.B.F, Iration Steppas, Dubquake, Kanka, Black Beanie Dub, Roots Raid, Art-X, Ondubground, les festivals ODG Fest et Rave Park, Wagram, jusqu’aux légendes jamaïcaines Horace Andy, U-Roy, Johnny Osbourne ou Cornell Campbell. Chez ODG Prod, ça commence en 2014 avec Cook & Curry d’Art-X, dont il dessinera presque toutes les sorties, puis Ondubground, Roots Raid, Black Beanie Dub, Enigmatik Dub, Kanka, Swanga, Bass Trooperz, Professor Skank et les séries de mixes du label, Future Dub, Orient Dub et Cloud Connection.
