Logo ODGPROD
Retour au catalogue

Histoire · Les origines du label

Le dub sur le web dans les années 2000

Webzines, forums, netlabels et MySpace : le petit web des copains où Ondubground a fait ses premiers pas, de Versionist à Paris Dub Activitys.

Bandeau du netlabel Paris Dub Activitys en 2007 : logo « ParisDubActivitys » à couronne jaune et platine vinyle
Bandeau de Paris Dub Activitys (2007), conservé par la Wayback Machine d’Internet Archive.

Avant les plateformes de streaming, le dub français vivait sur des pages perso, des forums et des netlabels montés par des passionnés. Chacun publiait gratuitement, et tout le monde se faisait des liens. De Dubzone à MySpace, en passant par Versionist et Paris Dub Activitys, voici le web qui a vu naître Ondubground, et les copains qui lui ont tendu la main.

2003-2005 : des webzines et des forums pour se trouver

Au début des années 2000, écouter du dub en dehors des disques, c’est d’abord lire. Les passionnés passent d’un webzine à l’autre, traînent sur les forums et notent des noms. L’allemand Dubflash, en anglais, recense le dub depuis 1998. Dub.com.fr, le webzine du label Daydream, est l’un des rares sites français entièrement consacrés à cette musique. Jahmusik et Reggae France ont leurs forums, Infratunes son webzine doublé d’un forum très fréquenté. La page de liens de Dubzone, conservée par Internet Archive, en dresse une belle carte.

Et puis il y a Dubzone. Lancé en septembre 2003 par un passionné qui signe « 2D », ce webzine entièrement consacré au dub a son forum et, surtout, ses compilations gratuites : dix volumes, qui offrent une vitrine aux producteurs qui travaillent à la maison. Pour les deux frères d’Ondubground, c’est la porte d’entrée : c’est en lisant Dubzone qu’ils ont eu envie d’avoir leur propre site, et c’est Dubzone qui, à l’été 2006, a glissé l’un de leurs morceaux, « Bassdä », sur sa compilation n° 9. Toute cette histoire est racontée dans l’article Dubzone, le webzine dub qui a ouvert la porte à ODG.

Dubzone a aussi été un lieu de rencontres. Sur sa page de liens de 2006, le netlabel Paris Dub Activitys précise que c’est sur Dubzone que ses deux fondateurs, InaDubState et THeAnGelZ, se sont rencontrés. Ce web-là fonctionnait ainsi : un site en faisait naître un autre.

Versionist, un réseau social avant l’heure

Bannière du site communautaire Versionist.com en 2006 : le mot VERSIONIST avec un haut-parleur à la place du O, « Music Community » en lettres rouges et des traits rouge, jaune et vert sur fond noir
Capture Internet Archive / Versionist.com, 2006

Avant MySpace, avant SoundCloud, avant que l’expression « réseau social » ne devienne banale, il y avait Versionist. Un site anglophone né au tout début des années 2000, sous-titré « riddim community », avec une idée aussi simple que généreuse, affichée sur sa page d’accueil de 2002 : arrêter de se plaindre, et faire soi-même de la musique. Un réseau social avant l’heure, en somme, ou un forum puissance mille.

Comment ça marchait

Chaque membre pouvait créer sa page d’artiste et y déposer ses MP3, classés par genre : roots, dancehall et, bien sûr, dub. Chaque morceau avait sa fiche, avec le nombre de téléchargements, les commentaires et une note de 0,5 à 5, de « No Good » à « Crucial ». Les membres votaient, recommandaient, et des charts se mettaient à jour : les nouveautés, les plus téléchargés de la semaine, les plus recommandés, les mieux notés.

À côté, une banque de samples rangée par instrument (basse, batterie, guitare, cuivres, orgue…), alimentée par les membres eux-mêmes et gratuite pour tous. Puis des radios par genre, un chat et un forum de plus de cinquante rubriques. À l’automne 2007, le site revendiquait plus de 10 800 membres et près de 7 700 morceaux, et ses membres se retrouvaient même en vrai, comme à Hambourg en janvier 2007.

Les débuts d’Ondubground

La première trace d’Ondubground sur Versionist date du 14 mars 2006 : InaDubState, l’un des fondateurs de Paris Dub Activitys, y annonce le premier maxi du groupe, et le producteur Meef Chaloin salue le jour même une production « wicked ». En juin 2006, les deux frères ouvrent leur propre page, sous le pseudo « oloodg ». Le 13 juin, ils y postent « Africa Hi-Fi », avec Benabass, du sound system Dawa Hifi : 159 téléchargements et une note de 4 sur 5 dans les semaines qui suivent.

Et dans ce grand bain venu du monde entier, Ondubground réussit à se hisser en haut des morceaux les plus téléchargés : le 12 juillet 2006, « Duly Dub » est n° 1 des téléchargements de la semaine sur tout le site, avec 180 téléchargements. Pour deux frères qui bidouillaient du dub dans leur coin, c’était énorme.

Les rencontres

Surtout, Versionist faisait se rencontrer des gens. Aux côtés des deux frangins d’Ondubground, on pouvait y croiser Ackboo, qui y postait ses premiers morceaux au printemps 2006, ou Gary, présent sur le site dès 2003 : l’un de ses titres de novembre 2004 s’appelle « First Steps », le nom qu’il donnera ensuite à son maxi chez French Dub Released, bien avant de devenir Gary Clunk. On y croisait aussi InaDubState, de Paris Dub Activitys, le « onemandubband » Barbés.D, Meef Chaloin, Echo Roots, et Benabass, de Dawa Hifi.

Beaucoup de ces pseudos se retrouvent ensuite sur les compilations Step4i d’ODG : Dawa Hifi dès la Part 1, Ackboo et InaDubState sur la Part 2, Meef Chaloin et Barbés.D sur la Part 3, Gary Clunk et Echo Roots sur la Part 4. Meef Chaloin, qui avait salué le premier maxi d’Ondubground le jour même de son annonce, y refait ainsi son apparition. Les membres s’écoutaient, se commentaient, s’échangeaient des idées et des sons. Sans contrat, sans argent, pour l’amour du dub.

La fin d’une époque

Versionist a connu des hauts et des bas : une fermeture annoncée en juillet 2006, puis évitée grâce aux membres, qui donnent pour payer l’hébergement ; une refonte complète en 2008 ; enfin une redirection vers un autre site en octobre 2009. Le nom de domaine n’est plus aujourd’hui qu’une page publicitaire, et seules les archives d’Internet en gardent la mémoire. Plus que le site, c’est son esprit qui manque : des sons partagés gratuitement, des avis donnés pour aider l’autre à progresser. Un esprit qu’ODG Prod essaie, à son échelle, de garder vivant.

2005 : Paris Dub Activitys, le netlabel qui a publié Ondubground

Pochette rouge et noire de « First Part of the Sound », premier maxi d’Ondubground, dans l’édition du netlabel Paris Dub Activitys (2006)
Capture Internet Archive / Paris Dub Activitys, 2006

Le 1er août 2005, un petit site ouvre ses portes sur les pages perso de Free : Paris Dub Activitys, PDA pour les intimes. Derrière, deux producteurs, InaDubState et THeAnGelZ. Leur idée, résumée sur la page « Kezako ? » : réunir des artistes dub indépendants, d’Île-de-France et d’ailleurs, et diffuser leur musique gratuitement, bénévolement, « sans se prendre la tête ». Peut-être même, écrivent-ils, « une alternative au piratage ».

En quelques mois, PDA devient une petite maison très vivante. Un forum ouvre en septembre, puis une compilation, Dub Act, fin octobre 2005 : neuf titres, neuf artistes, dont un certain Gary Dub. Le site change d’adresse au gré des solutions gratuites (pages perso, puis un domaine en .tk, puis un vrai nom de domaine), s’offre une animation Flash, une version anglaise, et atteint près de 7 000 visites en juin 2006, son record.

Le 14 mars 2006, PDA publie First Part of the Sound, le premier maxi d’Ondubground : quatre titres, présentés comme l’œuvre de « deux habitants de Tours » ayant « mijoté un bon petit dub énergique ». Ces quatre titres sont toujours en écoute au catalogue. Pour les deux frères, c’était une reconnaissance immense. D’après la bio MySpace du groupe, PDA relaiera ensuite d’autres maxis d’Ondubground, comme « Next Steppa » ou « Rise and Fall ». Seul le premier apparaît dans les archives du netlabel : c’est une période de transition, où les sorties passent peu à peu de PDA au site du groupe. Entre les deux équipes, les discussions et les projets partagés ne manquent pas.

Le site lui-même impressionne. Du HTML et du CSS, certes, mais soignés par des gens qui savaient s’y prendre : pour l’époque, c’est un modèle de site bien fait, qui n’a rien à envier aux autres, et il servira d’exemple au site d’Ondubground. Sur chaque page, une colonne à droite rassemble les copains. French Dub Released, Audioactivity, Dubzone, DubElectro… Les partenaires de PDA, qui se citaient tous entre eux.

PDA publiera dix-neuf disques jusqu’en janvier 2007, tous encore listés dans les archives. Une deuxième compilation, Dub Act 2007, est annoncée, puis les morceaux envoyés sont perdus après un problème technique. Le dernier message du site se termine par un « PDA still alive (?!) » plein d’espoir. Le nom de domaine expire en 2008.

Bordeaux, Genève, Bourges : les copains de la colonne de droite

Logo DUBELECTRO du portail DubElectro.com, webzine du dub électronique basé à Bourges (2006)
Capture Internet Archive / DubElectro.com, 2006

Les sites de la colonne de PDA avaient chacun leur couleur.

À Bordeaux, French Dub Released naît en 2005 autour de Gary Dub, aujourd’hui Gary Clunk. Dès septembre 2005, PDA le salue comme « un tout nouveau net-label dub » et « un collègue ». Son catalogue vit aujourd’hui chez ODG Prod : toute son histoire est à lire dans French Dub Released, le netlabel qui offrait le dub bordelais.

À Genève, le collectif Audioactivity ouvre son netlabel en février 2006. Plus expérimental, très engagé, il mêle dub « hard steppa », électronique, drum’n’bass et musique bruitiste, et affiche un manifeste qui ne veut pas des majors dans les lecteurs. Deux de ses membres, Monsieur Connard et YouthManSteppa, publient chez PDA, et c’est YouthManSteppa qui souffle à PDA l’idée des licences Creative Commons.

À Bourges, DubElectro.com se lance au printemps 2006 : un « portail dédié à la musique dub électronique », tenu par une petite équipe de chroniqueurs, avec des chroniques de Brain Damage, High Tone ou Zenzile, des interviews et une rubrique « Découvertes » pour les jeunes groupes. Le site devient partenaire de PDA en mai 2006. En juin, il publie l’interview d’Orange Dub, un groupe de Bourges qui veut développer son sound system : Dawa Hifi. Six mois plus tard, Tom à la basse et Ben aux percussions, venus d’Orange Dub, rejoignent Ondubground. « Ina dub family ! », écrit alors le site du groupe. Le web des copains devenait une vraie famille.

Autour d’eux gravitaient des sound systems (Jah Garden, Irie Vibration), une radio associative de Saint-Étienne et son émission dub, un organisateur de concerts parisien, Fourstep, et même un netlabel polonais, Afterbeat, repéré par Dubzone.

Gratuit, libre et fier de l’être

Bandeau d’accueil du netlabel genevois Audioactivity en 2006, sur le thème du métro
Capture Internet Archive / Audioactivity, 2006

Dans ce petit monde, la musique ne se vendait pas : elle se partageait. Chaque sortie prenait la forme d’une archive à télécharger, avec les MP3, la pochette recto verso et un fichier d’informations, prête à être gravée sur un CD. Pour Dub Act, PDA glissait même une version « négative » de la pochette, pour économiser l’encre de l’imprimante.

Le 24 septembre 2005, PDA place tout son catalogue sous licence Creative Commons : chacun peut copier et diffuser la musique gratuitement, à condition de citer les artistes, sans en faire commerce ni la modifier. Libre de circuler, donc, mais pas libre de droits. Audioactivity et French Dub Released font le même choix. Dubzone, lui, offre ses compilations sans contrepartie. Partout, le mot d’ordre est le même : diffuser, être écouté, et recevoir en retour un petit mot des auditeurs, que PDA invitait sans cesse à écrire aux artistes.

Les chiffres paraissent modestes aujourd’hui, et ils rendaient tout le monde heureux : 207 téléchargements de Dub Act le premier mois, plus de 2 400 six mois plus tard. Personne ne gagnait d’argent, mais chacun gagnait des auditeurs et des amis.

Chez ODG, cette règle n’a jamais changé. Les maxis d’Ondubground étaient en « téléchargement libre » dès 2006, et une grande partie du catalogue d’ODG Prod reste aujourd’hui en écoute et en téléchargement gratuit. C’est l’héritage direct de ces années-là.

2006-2009 : MySpace, presque le premier réseau social

Le 24 octobre 2006, Ondubground ouvre sa page MySpace. En France, tout commence à peine, et c’est presque le premier vrai réseau social. Le principe change tout : plus besoin de bricoler un site en HTML, la page a son propre lecteur, qui joue directement les morceaux (cinq au début, puis huit, puis une dizaine), affiche les concerts, et chacun peut y laisser un commentaire. Surtout, un compteur affiche le nombre d’écoutes de chaque morceau. Une petite révolution : quand l’un des morceaux d’Ondubground dépasse les 100 000 écoutes, il y a de quoi rendre les deux frères complètement zinzins. Et puis il y a le « Top » des amis, ces petites vignettes qui disent au monde qui sont vos proches.

En février 2008, la page d’Ondubground compte près de 35 000 vues et 1 289 amis. Dans son Top, tout le réseau d’avant : Dawa Hifi, Inadubstate, Ackboo, Gary Clunk, Webcam Hi-Fi, Kanka, Redi, Culture Dub, Brain Damage… Les liens des colonnes de droite sont devenus des amis MySpace. Un an plus tard, la page dépasse les 91 000 vues et les 2 000 amis. Le label affiché sur la page s’appelle alors DIPAS (« Diffuse, Invent, Promote Subversive Art ») : un projet de maison de disques qui devait créer des labels pour différents styles de musique.

Le 22 octobre 2008, une deuxième page apparaît : Original Dub Gathering, présentée comme « un net label créé par Ondubground », qui propose « maxis et compilations en libre téléchargement ». Elle liste les compilations Step4i, lancées en juillet 2007 avec la Part 1, et où l’on retrouve Dawa Hifi, Orange Dub, Inadubstate et Ackboo, puis Kanka, Webcam Hi-Fi ou Gary Clunk. C’est avec elles qu’ODG passe de l’autre côté : le petit groupe de Tours, qui admirait la colonne des copains, devient à son tour un netlabel du réseau.

Ce qu’il en reste, et pourquoi le label archive

Visuel « Dub Act 2007 coming soon » de Paris Dub Activitys, annonce d’une compilation qui n’est jamais sortie (2007)
Capture Internet Archive / Paris Dub Activitys, 2007

À la fin des années 2000, ce web-là s’éteint doucement. DubElectro s’arrête début 2007, PDA laisse expirer son domaine en 2008, Dubzone publie son message d’adieu en mars 2008, et Versionist disparaît en 2009. Plusieurs de ces adresses ont depuis été reprises par des inconnus : mieux vaut ne pas les taper, et passer par la Wayback Machine d’Internet Archive, qui en garde des copies.

La musique, elle, a déménagé. SoundCloud ouvre fin 2008, et YouTube devient peu à peu le lecteur de tout le monde. En 2019, MySpace reconnaît avoir perdu toute la musique envoyée sur ses pages entre 2003 et 2015 : environ cinquante millions de morceaux, dont Internet Archive n’a pu sauver qu’environ 490 000.

Cette fragilité, ODG l’a vécue : « Bassdä », le morceau offert à Dubzone en 2006, a disparu d’Internet. C’est pour cela que le label garde tout en ligne, et qu’il a accueilli en 2017 le catalogue de French Dub Released, dont le site avait fermé.

Ce web des copains doit beaucoup à InaDubState, THeAnGelZ, SalemLab, YouthManSteppa et Shoud chez PDA, à 2D et à l’équipe de Dubzone, à Gary Clunk et French Dub Released, à l’équipe de DubElectro, à Audioactivity, à Orange Dub et Dawa Hifi, et à toute la communauté Versionist. Le label invite quiconque aurait gardé une compilation Dub Act, un vieux CD gravé ou une capture de ces sites à le contacter : chaque fichier retrouvé est un morceau de mémoire rendu à Internet. Ce web-là n’a jamais rien vendu, il a tout donné ; c’est justement pour cela qu’il mérite de ne pas être oublié.

À lire aussi

🍪 Cookies nécessaires au site, et — si vous l'acceptez — de mesure d'audience et de contenus externes.

Politique cookies · Confidentialité