Histoire · Les origines du label
Dubzone, le webzine dub qui nous a ouvert la porte
De 2003 à 2008, Dubzone.org a chroniqué, défendu et offert le dub indépendant. En 2006, il publiait l’un de nos morceaux sur sa compilation n° 9.

De 2003 à 2008, Dubzone.org a chroniqué, défendu et offert le dub indépendant, français comme étranger. Dix compilations gratuites, une passion communicative et, un jour de juillet 2006, un morceau d’ODG glissé au milieu de la sélection : notre toute première compilation. Retour reconnaissant sur un webzine qui a beaucoup compté pour nous.
Un site pionnier du dub en ligne
Le 8 septembre 2003, Dubzone se met en ligne. Son fondateur, qui signe simplement « 2D », annonce la couleur : faire la promotion du dub, français comme étranger, et bâtir peu à peu une véritable base de données sur cette musique. Il tiendra parole, avec des mises à jour régulières pendant plus de trois ans.
Dubzone revendique une ligne claire : c’est un site de dub, pas un site de reggae. Il s’intéresse à tout ce que le dub est devenu et s’adresse aux mélomanes curieux d’expérimentation sonore. Autour de 2D, une petite équipe sous pseudonymes fait vivre les rubriques : Moustipep, qui monte le forum dès les premières semaines, Remain Underground, puis Kalcha à l’été 2006. Chroniques, interviews, forum, et même, en 2007, une émission de radio sur Radio G!, à Angers.
Pour nous, Dubzone a été bien plus qu’un site à lire. Notre groupe avait trouvé son nom début 2004 : Ondubground, ODG pour faire court (au tout début, c’était « Un Dub Ground », jusqu’à ce qu’un copain de terminale nous dise que « On » sonnerait mieux). En parcourant Dubzone, nous avons eu envie d’avoir notre propre site : en 2005 naît odg.euro.st, une page HTML toute simple, bricolée à la main, où nous mettons nos premiers morceaux en écoute. Nous les faisions aussi tourner sur un forum reggae et dub très fréquenté à l’époque, avec son classement des morceaux des membres, ses votes et ses samples à télécharger : les tout premiers que nous ayons utilisés.
Dix compilations offertes à tous
Très tôt, Dubzone se fixe un objectif ambitieux : des compilations en ligne, puis peut-être en CD, et un jour un vrai label (le projet, tel qu’il était présenté en 2004). L’appel est ouvert à tous, les autoproductions sont les bienvenues, même avec un son imparfait : seule compte la qualité artistique.
Le premier volume paraît le 16 février 2004 : dix titres en MP3, gratuits, offerts par les artistes aux lecteurs. Chaque morceau est accompagné d’une notice, d’un contact et d’un lien vers le groupe. Dix volumes paraîtront ainsi jusqu’en janvier 2007. Certains titres seront écoutés des dizaines de milliers de fois, et 2D invite les auditeurs à soutenir les groupes qu’ils découvrent.
Au fil des volumes se croisent des débutants et des noms qui comptent : Brain Damage, qui y offre un inédit deux mois avant la sortie de son album, Molecule, Piratedub, Kanka, Fedayi Pacha, Webcam Hi-Fi, l’Américain Doctor Echo ou encore Afous Afous, le projet de Jaja, ancien de Zenzile. Pour les producteurs en home studio, c’était une vitrine précieuse.
Le jour où Dubzone nous a écrit
Un jour, c’est Dubzone qui est venu vers nous : le webzine avait découvert nos morceaux sur notre site, en ligne depuis plus d’un an, et en voulait un pour une compilation. Le 10 juillet 2006, il publie deux volumes d’un coup, le 8 et le 9. Sur le volume 9, en septième position : ODG, « Bassdä ».
La notice nous présente comme deux frères de Tours, auteurs d’un dub electro roots classique mais bien construit. Le morceau est tiré d’une démo de quatre titres, dans un mix préparé spécialement pour Dubzone, et le texte se termine en nous souhaitant longue vie. Sur le même volume, on croise Doctor Echo avec Solange Sainte-Croix, Whit Weed, Wicked, Dub Orchestra ou Dub Jihad, le groupe des rédacteurs du site. La page de la compilation se relit toujours dans les archives d’Internet.
Se retrouver dans la série où figuraient les artistes que nous écoutions en boucle, sur le site qui nous avait donné envie de nous lancer : pour les deux frères d’Ondubground, c’était énorme. Un peu comme se retrouver, du jour au lendemain, à côté de nos idoles.
Mars 2008 : la fermeture
Le 15 janvier 2007, Dubzone publie son dixième volume et annonce repartir pour une année. Puis plus rien pendant plus d’un an. Le 1er mars 2008, 2D publie en page d’accueil un long texte, sincère et sans langue de bois, où il se demande qui est en train de mourir, Dubzone ou le dub. (Il écrit « le » dub : sur ce petit débat, lisez notre histoire du mot.)
Il y constate que trop peu de disques l’ont enthousiasmé depuis la dernière mise à jour pour faire vivre un site qui voulait tout recenser. Selon lui, les têtes d’affiche du dub français ont soit quitté le style, soit s’y sont enlisées, et si le dub est désormais partout, jusque dans le dubstep, la scène ne se renouvelle plus. Il compare son site à « un vieux rade en décrépitude », resté ouvert mais où ne passent plus que quelques nostalgiques, et remercie les lecteurs restés fidèles pendant ces trois années. Et comme on ne se refait pas, il termine en recommandant un dernier album de dub jamaïcain.
Ce texte est resté en ligne jusqu’en 2016 ; le nom de domaine a ensuite changé de mains. Heureusement, la Wayback Machine d’Internet Archive garde la mémoire du site : on peut y relire le message de fermeture.
« Bassdä », le morceau perdu
Il y a pourtant un trou dans cette mémoire. Le fichier de la compilation n° 9 n’a jamais été sauvegardé : quand les robots de la Wayback Machine sont passés, en 2011, il avait déjà disparu, et Internet Archive n’en a aucune autre copie. « Bassdä », notre premier morceau sur une compilation, n’existe plus nulle part en ligne, à notre connaissance.
Cette perte nous a marqués. C’est d’elle que vient notre envie d’archiver, de tout garder, de faire en sorte que les choses restent. Chaque disque du catalogue reste en écoute et en téléchargement gratuit, année après année. Depuis ce jour-là, nous n’avons presque pas perdu de son mis en ligne.
Ce que Dubzone nous a transmis
Dubzone nous a appris quelques idées simples, toujours au cœur d’ODG Prod : la musique peut se partager librement sans perdre sa valeur ; un morceau autoproduit mérite autant d’attention qu’une grosse sortie s’il a quelque chose à dire ; et celui qui écoute gratuitement a aussi un rôle à jouer, en soutenant les artistes qu’il aime. Depuis « Bassdä », nous en avons ajouté une : ce qu’on partage, il faut aussi le garder.
À sa façon, 2D voulait faire de Dubzone un label. C’est un peu ce chemin que nous avons pris ensuite. Alors, près de vingt ans plus tard, merci à 2D, Moustipep, Remain Underground, Kalcha et à tous ceux qui ont fait vivre ce site.
Un dernier mot : si vous avez encore la compilation Dubzone vol. 9, sur un vieux disque dur ou un CD gravé, écrivez-nous. Nous serions très heureux de rendre « Bassdä » à Internet.
