Histoire · La scène
Le dub français, des pionniers aux années 2000
Improvisators Dub, High Tone, Zenzile, Kaly Live Dub, EZ3kiel, Kanka, Hammerbass, la Dub Station : quinze ans de dub en France, des groupes sur scène aux sound systems et aux fanzines.
ODG Prod est né d’un coup de foudre pour le dub joué sur scène. Avant les piles d’enceintes et les dubplates, le label et le groupe Ondubground ont d’abord écouté des groupes : une basse, une batterie, une guitare, des machines, et quelqu’un à la table de mixage qui fait disparaître et revenir les instruments à coups d’écho. Ce dub à la française, électro, fusion, parfois rock, est né au milieu des années 1990 entre Bordeaux, Lyon, Angers et Tours, et c’est de lui que le label est parti. Les sound systems et les activistes, l’autre pilier de la scène, ont ensuite tout autant compté. Voici leur histoire, de 1995 à la fin des années 2000, carte à l’appui.
- Groupe
- Label
- Sound system
- Soirée, festival
- Activiste, média
D’où venaient-ils ?
- Lille : Weeding Dub
- Rouen : Blackboard Jungle
- Caen : Guns of Brixton
- Paris : Hammerbass, Dub Action, Dub Wiser, Paris-Dubmeetings (Cabaret Sauvage), Dub Station (Trabendo), Télérama Dub Festival
- St-Germain-en-Laye : Lab°
- Nancy : Dub In V.O.
- Rennes : Legal Shot
- Nantes : Zion Gate Hi-Fi, Zion Gate Music
- Angers : Zenzile
- Tours : EZ3kiel, Ondubground, ODG Prod
- Poitiers : Culture Dub
- Bourges : DubElectro
- Bordeaux : Improvisators Dub, Gary Dub / Gary Clunk, French Dub Released
- Lyon : Kaly Live Dub, High Tone, Jarring Effects, Dub Addict Sound System
- Saint-Étienne : Brain Damage, A.S.S.E., Bangarang
- Genève : O.B.F.
1995-2000 : les pionniers du « dub à la française »
Le dub n’arrive pas en France en 1995. Dès les années 1980, Babylon Fighters mélange reggae, rock et dub, et en 1997 l’album Higher de Treponem Pal popularise l’expression « novo dub ». Mais c’est à la fin des années 1990 qu’une vraie scène se forme, avec une idée qui la distingue : jouer le dub en concert, avec de vrais instruments, et leur appliquer les effets en direct. Wikipédia parle d’un « dub à la française », par opposition au dub conçu uniquement à partir de vinyles ou de machines. Le fanzine Culture Dub, lui, appelait ce son la « French Dub Touch ».
Sept noms reviennent toujours : Improvisators Dub, Kaly Live Dub, Zenzile, High Tone, EZ3kiel, Lab° et Brain Damage.
Improvisators Dub, Bordeaux
Formé à Bordeaux en 1994, Improvisators Dub est pour Wikipédia « le premier groupe français de dub live ». Ses premiers enregistrements datent de 1997, et son premier album, Hybride, sort en 1998. Le groupe se produit sous deux formes : un sound system au son digital, inspiré de l’Angleterre des années 1980, et une formule avec chanteurs. Sur scène, il ose des instruments inattendus, comme le sitar.
Surtout, il multiplie les rencontres avec les Anglais : Dub & Mixture avec The Disciples en 2000, puis Inna Steppa Dub avec Iration Steppas en 2008. En 2001, Live Act Outernational est présenté comme le premier live de dub français. Le guitariste Manutension, figure majeure du dub en France, disparaît le 15 mai 2009, et le groupe s’arrête. Son Tribute to King Tubby, sorti chez ODG en 2008, est toujours en écoute au catalogue.
Kaly Live Dub, Lyon

Kaly Live Dub naît en 1995 sur les pentes de la Croix-Rousse, à Lyon, sous le nom de Kaly Calipso. Au départ, c’est du dub roots, avec des cuivres. À la fin des années 1990, le groupe passe aux machines et aux samples, et son nom dit tout de sa réputation : c’est sur scène qu’il se juge.
Son premier album, Electric Kool Aid (2000 selon Discogs), est remarqué pour ses choix d’échantillons ; Hydrophonic y ajoute des couleurs orientales et jungle. La rencontre avec Rod Taylor le ramène ensuite vers le roots, et le double live On Stage, en 2007, résume ces années de concerts. Uzul, l’ancien machiniste du groupe, a depuis publié sa série Back In Dub chez ODG, où Kaly Live Dub Remixed est sorti en 2018.
Zenzile, Angers

Zenzile se forme à Angers en 1996. Le quintet joue un dub « aérien », légèrement électronique, teinté de rock. Pour contourner l’absence de paroles propre au dub, il invite des voix, celles de Jamika Ajalon et de Jean Gomis, alias Sir Jean, dès 1999, et invente la série des « 5+1 », où un invité rencontre les cinq musiciens.
Après Sachem in Salem (1999) et Sound Patrol (2001) chez Crash Disques, il tourne avec High Tone en novembre 2005 et grave avec lui Zentone. Plus tard, il glisse vers un son plus post-rock. Zenzile Remixed, sorti chez ODG en 2019, réunit des remixes d’Ondubground, Panda Dub, Dub Shepherds ou Mahom.
High Tone, Lyon

High Tone se forme en 1997, lui aussi à la Croix-Rousse, et grandit avec le label Jarring Effects. Son dub mêle le dub jamaïcain des années 1970, la jungle, la drum and bass, la techno, le hip-hop et une couleur orientale très forte, que Wikipédia considère comme sa marque. Après un premier 45 tours, Bot Bud Season (1998), viennent Opus Incertum (2000), Bass Température (2001), Acid Dub Nucleik (2002), Wave Digger (2005) et Underground Wobble (2007).
Le groupe pense ses albums comme des expériences, et il aime les rencontres. En 2005, il part en « Lyon Calling Tour », 23 concerts dans 17 pays, avec Le Peuple de l’Herbe et Meï Teï Shô. Pour toute une génération, High Tone reste la référence du dub électro français. En 2017, ODG lui a consacré un album de remixes, Dub To Dub.
EZ3kiel, Tours

EZ3kiel naît en 1993 à La Riche, aux portes de Tours, d’abord sous le nom d’« EZEKIEL », clin d’œil à Pulp Fiction. À ses débuts, le groupe développe, selon Wikipédia, « un trip hop orienté dub et jungle », et il soigne autant l’image que le son : Yann Nguema conçoit ses propres logiciels pour lier vidéo et musique sur scène.
En 1999, EZ3kiel joue à la première grande soirée Jarring Effects au Transbordeur, à Lyon, aux côtés de High Tone et du Peuple de l’Herbe. Suivent Handle With Care (2001) et Barb4ry (2003) chez Jarring Effects, puis Naphtaline et Battlefield. Pour un label né à Tours, EZ3kiel est le grand voisin : la preuve qu’un dub expérimental pouvait partir de Touraine et voyager loin.
Lab°, Saint-Germain-en-Laye
Né en 1998 à Saint-Germain-en-Laye, dans les Yvelines, Lab° (avec son petit signe degré) joue un dub-rock instrumental très lourd, aux sonorités proches du hardcore. Après un premier disque autoproduit, Dubalgan 500mg, le groupe publie sur son propre label, Mille Milliards, Taffy Ap (2001) et l’album Derrière la pluie (2003), puis Mus (2005). Wikipédia le range à la fois parmi les groupes du « dub à la française » et parmi ceux qui fusionnent dub et rock instrumental, aux côtés d’EZ3kiel et de Guns of Brixton.
Brain Damage et A.S.S.E., Saint-Étienne
Brain Damage naît en 1999 à Saint-Étienne, à l’initiative de Martin Nathan et du bassiste Raphaël Talis, issus du collectif et label Bangarang. D’abord duo basse-machines, puis Martin Nathan seul avec des voix invitées, Brain Damage joue en « live machine ». Son maxi Bipolar Disorder sort en 1999.
La même année, Bangarang publie From Scratch, le maxi d’un groupe frère : A.S.S.E., pour Another Sound System Experience. Autour de Martin et Raphaël, il réunit Denis Sefani, de Fedayi Pacha, et le batteur Benoît Rubet. Éphémère mais marquant, A.S.S.E. joue avant ou après 45 des quelque 60 concerts de Brain Damage, de juillet 1999 à avril 2002.
Au début des années 2000, Brain Damage travaille avec des maîtres anglais (Zion Train, Alpha & Omega, The Disciples) et pose son style chez Hammerbass avec Always Greener (On the Other Side) en 2002, puis Ashes to Ashes / Dub to Dub en 2004. En 2006, il rejoint Jarring Effects pour une trilogie autour de la dub poetry. Martin Nathan revendique aujourd’hui 17 albums et près de 900 concerts.
Les rencontres lyonnaises : de Kaltone à Zentone

Né en 1993 dans une cave lyonnaise, le collectif Jarring Effects devient le label de toute une scène. Entre 2003 et 2006, il orchestre une série de rencontres restées célèbres. Chaque fois, High Tone croise un autre groupe, et le nom du disque fusionne les deux :
- Kaltone (2003) : High Tone rencontre Kaly Live Dub, sur un maxi qui scelle l’amitié du dub lyonnais ;
- Highvisators (2004) : High Tone rencontre Improvisators Dub, Lyon et Bordeaux réunis ;
- Wangtone (2005) : High Tone rencontre le DJ chinois Wang Lei ;
- Zentone (2006) : High Tone rencontre Zenzile, après leur tournée commune.
Ces « meetings » ne sont pas pensés, au départ, pour la scène, mais ils disent l’essentiel : les groupes de dub français s’écoutent, s’invitent et jouent ensemble.
2000-2005 : la relève, entre scène et sound system
Au tournant des années 2000, une deuxième vague arrive. Elle doit beaucoup aux sound systems anglais, de Zion Train à Iration Steppas, et elle brouille la frontière entre le groupe qui joue sur scène et le sound system qui passe ses disques. Pour Alex Dub, de Culture Dub, c’est l’époque des « live acts » : un ou deux musiciens, des machines, une table de mixage, et le dub stepper venu d’Angleterre.
Hammerbass, le label parisien du dub
À Paris, tout part d’une soirée. Depuis 1995, le collectif Dub Action Soundcrew organise les soirées Dub Action, dont le nom vient d’un morceau de Puppa Leslie. En 1997, il fonde Hammerbass, un label indépendant consacré au dub « sous toutes ses formes » : roots, électro, steppa, ambient. Son premier disque est un maxi de l’Anglais The Rootsman, A Matter of Time.
En quelques années, Hammerbass devient la maison d’une bonne partie de la scène : les Parisiens de Dub Wiser (Sensi Drinka, 2000), Brain Damage (Always Greener, 2002), Fedayi Pacha, puis Kanka à partir de 2005, Miniman en 2006 avec Opus in Dub Minor, et la rencontre d’Improvisators Dub avec Iration Steppas en 2008. Le label publie aussi des Anglais, comme The Rootsman ou Manasseh, et la compilation Jah Warrior And Friends (2003). Entre 1997 et 2010, Discogs lui attribue une cinquantaine de disques.
Les soirées, elles, continuent : en 2006, Dub Action investit le Batofar. Et le 22 mars 2008, aux Caves Le Chapelais, dans le 18e arrondissement, les Hammerbass DJs partagent l’affiche avec Dub Wiser, Rosedub et Ondubground, comme l’annonce alors la page MySpace du groupe.
Miniman

Derrière Miniman se cache Roland Rougé, pianiste et compositeur, présenté comme un « acteur incontournable de la scène dub hexagonale depuis la fin des années 90 ». Nourri de King Tubby, Prince Jammy et Jah Warrior, il impose dès 2001 un dub stepper à l’anglaise, fait de machines et de mélodies au piano. Ses premiers disques naissent de sa rencontre avec Zion Gate Hi-Fi, sound system nantais : son tout premier maxi, Dubland / En marche pour Sion (2001), est la première sortie du label Zion Gate Music. L’album En marche pour Sion suit en avril 2002, et « Dubland » y est présenté comme le premier dub « digital » sorti en France. Le disque le mène en tournée avec Zion Train, Bush Chemists et Iration Steppas.
Après Opus in Dub Minor chez Hammerbass en 2006, et une longue période de studio, Miniman publie aujourd’hui ses albums chez ODG : Inside en 2016, From Creation avec Murray Man en 2018, Thrulight en 2024.
Kanka

Kanka commence comme batteur, en 1997, dans le groupe reggae King Riddim. En 2003, il sort seul Every Night’s Dub, un premier album autoproduit, avec MC Oliva, du sound system Blackboard Jungle, au micro. Repéré par Hammerbass, il y publie Don’t Stop Dub (2005), Alert (2006) et Sub.Mersion (2009), et devient l’un des pionniers du dub steppa français.
Son live tient en peu de choses : un ordinateur, une table de mixage, des effets, MC Oliva au micro et Chris B à la basse. Mais il fait le lien entre les deux mondes : Kanka joue dans les festivals comme dans les soirées sound system. Il croise Lee « Scratch » Perry, Mad Professor, Zenzile ou EZ3kiel, et travaille avec Brother Culture. Chez ODG, il apparaît dès 2008 sur la compilation Step4i, et sa saga Abracadabra s’y écrit depuis 2015, du Chapter 1 au Chapter 3, sorti en 2026.
Stand High Patrol et Pupajim

Stand High Patrol naît en Bretagne au tout début des années 2000, autour de Rootystep, Mac Gyver et du chanteur Pupajim, rejoints plus tard par le trompettiste Merry. Influencé par les sound systems jamaïcains, mais aussi par le hip-hop, la new wave, la techno et le trip-hop, le groupe invente un style qu’il appelle le « dubadub ».
Il commence par tourner en Bretagne, puis produit un dub stepper inspiré des productions anglaises, porté par la voix très reconnaissable de Pupajim. Stand High Patrol joue à la fois sur scène et en sound system, avec une sono fabriquée avec Roots Atao : une vraie passerelle entre les deux mondes. Il fonde son label, Stand High Records, en 2009. Pupajim chante sur « Rubadub Anthem », le remix de Mahom qui figure sur Dub To Dub (ODG, 2017).
Weeding Dub, Lille
À Lille, Weeding Dub, producteur nourri des sound systems anglais (Aba Shanti-I, Iration Steppas, Vibronics), sort son premier album, Steppactivism, en février 2004, dans un registre stepper et « conscious ». Sur scène, il joue avec un mini-studio et mixe en direct. Avec Kanka et Brain Damage, il fait partie des « live acts » qu’Alex Dub range dans la lignée de Zion Train et d’Iration Steppas : ces artistes qui jettent un pont entre le dub de scène et la culture sound system. Son morceau « 17 Juillet » figure sur Step4i – Part 6, en 2010. Weeding Dub est toujours actif, avec son label Wise & Dubwise.
Webcam Hi-Fi
Webcam Hi-Fi est le projet de Fredread, « dub organiza, creata, selecta », lancé en 1999 et enregistré, selon sa page MySpace de 2008, du haut d’une colline du sud-ouest de la France. Très ancré dans la tradition jamaïcaine et anglaise, il produit des riddims chantés par Earl Sixteen, Tony Tuff ou Ranking Joe, sortis en 10" sur son label Tube Dub Sound Records à partir de 2004, et les joue de préférence en sound system. Son album Livity Is My Temple sort en 2009.
C’est aussi un homme du réseau : il enregistre et mixe d’autres artistes des netlabels, signe un remix sur Step4i – Part 4 en 2008 et un « deskmix » sur l’EP Lola d’Ondubground, en 2010.
Dub Wiser, Guns of Brixton et les autres

D’autres groupes de l’époque méritent leur place. À Paris, le trio électro-dub Dub Wiser publie Sensi Drinka chez Hammerbass en 2000, puis A New Millenium Of Dub (2001) et Behind The Dub Side (2005) ; son « Paradub » figure sur Step4i – Part 6. À Caen, Guns of Brixton se forme en 2002 et joue un électro-dub sombre, nourri de rock, qualifié de « post-dub » (Near Dub Experience, 2004). Löbe Radiant Dub System, entre électro-dub et breakbeat, est lui aussi cité par Wikipédia parmi les groupes du « dub à la française ».
2005-2010 : la génération du web
Au milieu des années 2000, une troisième génération arrive par Internet : un ordinateur, un logiciel et un netlabel qui offre la musique gratuitement suffisent pour être écouté. Cette histoire est racontée dans Le dub sur le web dans les années 2000 ; ici, quelques noms montrent le lien avec les pionniers.
Gary Dub, devenu Gary Clunk, Bordeaux

À Bordeaux, Gary Dub commence à produire en 2003 et se réclame de « l’école Improvisators ». Il porte le netlabel French Dub Released, dont l’histoire est racontée dans French Dub Released, le netlabel qui offrait le dub bordelais. Son maxi First Steps est aujourd’hui au catalogue d’ODG, tout comme son Archive Of Dub vol. 1 (2011), une série poursuivie ensuite chez Culture Dub Records. Devenu Gary Clunk, il signe « Hi Tek Vibe » sur Step4i – Part 4, en 2008.
Ondubground et les compilations Step4i
À Tours, Ondubground naît en 2004 : un duo formé par deux frères, nourris du dub joué sur scène. Le 14 mars 2006, le netlabel Paris Dub Activitys publie son premier maxi, First Part of the Sound ; à l’été 2006, le webzine Dubzone glisse l’un de ses morceaux sur sa neuvième compilation, une histoire racontée dans Dubzone, le webzine dub qui a ouvert la porte à ODG.
En juillet 2007, Ondubground lance Step4i – Part 1, la première des compilations du label. En moins de trois ans, elles réunissent les producteurs nés sur Internet et leurs aînés : Kanka (« Echo Dub »), Webcam Hi-Fi et Gary Clunk sur la Part 4 (2008) ; Dub In V.O., de Nancy, et un remix signé Manutension sur la Part 5 (2009). Et le 11 février 2010, Step4i – Part 6 rassemble Brain Damage avec Black Sifichi (« Ignore »), Weeding Dub (« 17 Juillet »), Dub Wiser (« Paradub ») et Kanka (« Croon It », avec El Aaron). Les pionniers de 1999 et le petit netlabel tourangeau se retrouvent sur le même disque.
Sound systems et soirées, l’autre pilier
Pendant que les groupes remplissent les salles, une autre culture grandit : celle des sound systems. Pas de scène, mais une pile d’enceintes construite à la main, un selecta, un MC et un public face au mur de basses. Les premières soirées sound system parisiennes remontent à 1983 ; au tournant des années 2000, le mouvement s’organise et trouve ses lieux.
Du Paris Dubclub aux Dub Meetings du Cabaret Sauvage

En 2004, après un passage remarqué au Jahsound Festival, le sound system rouennais Blackboard Jungle devient le son résident du Paris Dubclub. Il y reçoit les grands noms anglais : Jah Shaka, Aba Shanti-I, Channel One. Dès 2005, il lance les Paris-Dubmeetings, des rendez-vous mensuels au Cabaret Sauvage, le chapiteau du parc de la Villette, ouvert en décembre 1997.
La Dub Station du Trabendo

Vient ensuite la Dub Station, au Trabendo, une autre salle du parc de la Villette : à partir de 2006 selon Blackboard Jungle, de 2007 selon Musical Riot. Cette association, fondée en 2002, y programme « les plus grands sound systems de la scène dub anglaise et européenne », chacun venant avec sa propre sono. En octobre 2008, la dixième Dub Station accueille Iration Steppas et The Mighty Tabot. D’abord mensuelle, puis tous les deux mois, la soirée se décline à Rennes, Marseille et Toulouse dès janvier 2009, et elle dure : Aba Shanti-I y joue encore en 2014, pour la 45e édition.
Le Télérama Dub Festival
Au début des années 2000 (2002 selon Wikipédia, 2003 selon une autre source) naît le Télérama Dub Festival, dont la direction artistique est liée à Musical Riot et au journaliste Frédéric Péguillan. Chaque édition tourne dans une dizaine de villes. Improvisators Dub y présente sa création avec Iration Steppas, Guns of Brixton y passe aussi. Le festival fête sa 7e édition en 2009, ses dix ans en 2012, et devient le Forward Festival en 2019.
Blackboard Jungle, Zion Gate Hi-Fi et les grands sound systems
Blackboard Jungle (Rouen) est l’un des sound systems pionniers. Tout commence en 1994 par une émission de radio sur RC2 (94.4 FM), puis la sono est construite en 1999. Son MC, Oliva, chante aussi avec Kanka. En 2009, Blackboard Jungle devient le premier sound system français invité à l’University of Dub, à Londres.
À Nantes, Zion Gate Hi-Fi, fondé en 1996 par Ras Abubakar, défend un son roots & culture et se présente comme l’un des plus anciens sound systems de France ; son label, Zion Gate Music, publie le premier disque de Miniman. À Rennes, Legal Shot est fondé en 2000 par des Malouins. À Lyon, le Dub Addict Sound System naît en 2002 autour de Pilah, guitariste de Kaly Live Dub.
Juste de l’autre côté de la frontière, à Genève, O.B.F., pour Original Bass Foundation, apparaît au début des années 2000, tout près des Alpes françaises. Il lance en 2006 les soirées Dubquake à L’Usine, et croisera plus tard la route de High Tone, avec une tournée commune en sound system en 2012 et 2013.
Les activistes : fanzines, radios et webzines
Une scène ne vit pas seulement de musiciens : il lui faut des gens pour en parler, la programmer, la faire circuler, souvent bénévolement.
Culture Dub et Alex Dub, Poitiers
À Poitiers, Alex Dub crée Culture Dub en 1999. C’est d’abord un fanzine papier, photocopié et distribué de main en main, qui traite de trois dubs : le jamaïcain, l’anglais et le français, qui émerge à peine. Mark Iration, d’Iration Steppas, en collectionne chaque numéro. La même année naît l’association Djahkooloo, qui porte le projet ; en novembre 2006, le fanzine en est à son 19e numéro.
En 2002, Culture Dub devient aussi une émission de radio, sur Radio Pulsar (95.9 FM), animée bénévolement : elle dépasse les 730 émissions en 2022. En 2006 arrive le webzine, « suite logique du fanzine » : actualité, sorties, agenda et juke-box d’artistes qui offrent leur musique. À Poitiers, Culture Dub organise aussi les Nuits du Dub, avec le FreeDub Sound System et Dub U Hi-Fi.
En janvier 2009, le site cite Ondubground parmi les « artistes dub français », aux côtés de High Tone, Kaly Live Dub, Kanka, Miniman, Webcam Hi-Fi, Zenzile, EZ3kiel, Brain Damage, Improvisators Dub et Manutension. En 2010, Culture Dub Records voit le jour, d’abord pour un 10" des dix ans avec Barbés.D et Sista Bethsabée ; la série Archive Of Dub de Gary Clunk s’y poursuit. En 2022, interrogé par la radio en ligne Black Rhino Radio, Alex Dub cite ODG Prod parmi les labels qui emmènent le dub vers l’électro et la bass music.
Les webzines et les netlabels : DubElectro, Dubzone et les autres
Au milieu des années 2000, le relais passe aussi par Internet. À Bourges, DubElectro chronique Brain Damage, High Tone ou Zenzile ; Dubzone, Paris Dub Activitys, French Dub Released et la communauté Versionist font circuler la musique gratuitement. Les radios associatives aussi, comme Radio Dio à Saint-Étienne, où Brain Damage anime une émission reggae-dub. Toute cette histoire est racontée dans Le dub sur le web dans les années 2000.
Chronologie du dub français, 1993-2010
| Année | Ce qui se passe |
|---|---|
| 1993 | naissance du collectif Jarring Effects dans une cave lyonnaise ; EZ3kiel se forme à La Riche, près de Tours. |
| 1994 | Improvisators Dub à Bordeaux ; émission « Blackboard Jungle » sur RC2, à Rouen. |
| 1995 | Kaly Live Dub, alors Kaly Calipso, à Lyon ; premières soirées Dub Action à Paris. |
| 1996 | Zenzile à Angers ; Zion Gate Hi-Fi à Nantes. |
| 1997 | High Tone à la Croix-Rousse ; naissance du label Hammerbass ; Treponem Pal, Higher. |
| 1998 | High Tone, Bot Bud Season ; Improvisators Dub, Hybride ; EZ3kiel, Equalize It ; Lab° se forme. |
| 1999 | Zenzile, Sachem in Salem ; Brain Damage, Bipolar Disorder, et A.S.S.E., From Scratch ; Blackboard Jungle construit sa sono ; fanzine Culture Dub ; soirée Jarring Effects au Transbordeur. |
| 2000 | High Tone, Opus Incertum ; Kaly Live Dub, Electric Kool Aid ; Improvisators Dub meets The Disciples ; Dub Wiser, Sensi Drinka ; Legal Shot à Rennes. |
| 2001 | EZ3kiel, Handle With Care ; Improvisators Dub, Live Act Outernational ; Zenzile, Sound Patrol ; Miniman, Dubland / En marche pour Sion. |
| 2002 | High Tone, Acid Dub Nucleik ; Brain Damage, Always Greener ; Miniman, En marche pour Sion ; émission Culture Dub sur Radio Pulsar ; Dub Addict Sound System ; Guns of Brixton à Caen ; premier Télérama Dub Festival (2002 ou 2003 selon les sources). |
| 2003 | Kaltone (High Tone et Kaly Live Dub) ; EZ3kiel, Barb4ry ; Lab°, Derrière la pluie ; Kanka, Every Night’s Dub. |
| 2004 | Highvisators (High Tone et Improvisators Dub) ; Blackboard Jungle résident du Paris Dubclub ; Weeding Dub, Steppactivism ; Ondubground naît à Tours. |
| 2005 | High Tone, Wave Digger, Wangtone et le « Lyon Calling Tour » ; Kanka, Don’t Stop Dub ; Paris-Dubmeetings au Cabaret Sauvage. |
| 2006 | Zentone (High Tone et Zenzile) ; Brain Damage rejoint Jarring Effects ; Miniman, Opus in Dub Minor ; webzine Culture Dub ; premier maxi d’Ondubground ; Dubquake à Genève ; naissance de la Dub Station au Trabendo (2006 ou 2007 selon les sources). |
| 2007 | High Tone, Underground Wobble ; Kaly Live Dub, On Stage ; EZ3kiel, Naphtaline ; Step4i – Part 1. |
| 2008 | Improvisators Dub meets Iration Steppas, Inna Steppa Dub ; dixième Dub Station, avec Iration Steppas ; Manutension, Tribute to King Tubby. |
| 2009 | disparition de Manutension et fin d’Improvisators Dub ; Blackboard Jungle à l’University of Dub ; Webcam Hi-Fi, Livity Is My Temple ; Kanka, Sub.Mersion ; la Dub Station à Rennes, Marseille et Toulouse. |
| 2010 | Culture Dub Records ; Step4i – Part 6, avec Brain Damage, Weeding Dub, Dub Wiser et Kanka. |
Ils sont au catalogue d’ODG Prod
Une bonne partie de cette histoire s’écoute aujourd’hui au catalogue du label. Les pionniers y ont été remixés par la génération suivante : High Tone avec Dub To Dub (2017), Kaly Live Dub avec Kaly Live Dub Remixed (2018) et, avec Rod Taylor, Smoke Up Remix (2021), Zenzile avec Zenzile Remixed (2019).
D’autres y publient leur musique : Manutension, l’âme d’Improvisators Dub, avec son Tribute to King Tubby ; Miniman ; Kanka ; Uzul, ancien de Kaly Live Dub ; Natural High Dubs, projet d’Antonin Chaplain, claviériste de High Tone ; Gary Clunk. Et Step4i – Part 6 garde la trace de ce moment où Brain Damage, Weeding Dub, Dub Wiser et Kanka se sont retrouvés sur une compilation d’ODG. Le reste est à découvrir dans le catalogue complet.
Une grosse dédicace
Cet article est aussi une grosse dédicace d’ODG Prod à toute la scène des années 1990 et 2000 : aux groupes qui ont sillonné les salles avec leurs machines et leurs effets, aux sound systems qui ont construit leurs enceintes à la main, aux fanzines photocopiés, aux radios associatives, aux organisateurs de soirées, aux labels indépendants et à tous ceux qui ont gravé des CD pour les copains. Sans eux, ni Ondubground ni le label n’auraient existé. Un oubli, une date à corriger, un souvenir à partager : le label invite chacun à le contacter.
