Histoire · Les archives du label
French Dub Released, le netlabel qui offrait le dub bordelais
Gary Dub, Hatman, Manutension, Dub Machinist… L’histoire d’un netlabel bordelais pionnier, dont quinze disques vivent aujourd’hui dans notre catalogue.

De 2005 à 2014, French Dub Released a offert, en téléchargement libre, une vingtaine de disques de dub nés à Bordeaux et bien au-delà. Un netlabel de passionnés, qui faisait confiance aux producteurs de home studio et prolongeait à sa façon l’héritage d’Improvisators Dub. Depuis l’été 2017, ses archives vivent dans le catalogue d’ODG Prod : voici leur histoire.
Bordeaux, terre de dub
Le dub est né en Jamaïque, dans les studios d’ingénieurs du son comme King Tubby : on démonte un morceau de reggae, on garde la basse et la batterie, et on fait flotter le reste dans l’écho. À la fin des années 1990, la France s’empare de cette musique, et Bordeaux devient l’un de ses foyers les plus vivants.
Dub Machinist raconte lui-même avoir fait ses débuts « dans les caves enfumées de Bordeaux », avec le crew Uzinadub. Dans les bars de la région, des sound systems font trembler les murs. L’un d’eux est le collectif Natty Breakz : une bande d’amis où l’on croise Gary, Subversive ou Hatman. Ce sont eux qui formeront le cœur de French Dub Released.
L’école Improvisators Dub
Pour comprendre d’où vient cette génération, il faut remonter à un groupe : Improvisators Dub. Groupe bordelais majeur de la fin des années 1990 et du début des années 2000, il a compté parmi ceux qui ont fait bouger le dub français, entre instruments et machines.
Son guitariste, Manutension, a été un acteur très important du dub en France. French Dub Released le présentait comme « l’un des premiers activistes du dub digital en France ». Ses mixes tournaient depuis des années dans les sessions sound system de la région bordelaise, bien avant d’exister sur disque.
Chez les plus jeunes, l’influence est directe. Dans une interview donnée au netlabel, Hatman cite les disques d’Improvisators Dub parmi ceux qui l’ont fait entrer dans le dub. Gary, lui, signe un morceau intitulé « Respect For Manutension Sound ». Pour nous, French Dub Released prolonge l’école Improvisators Dub : la même ville, le même amour du son, la génération d’après.
Un netlabel né à Bordeaux en 2005
French Dub Released voit le jour à Bordeaux en 2005, autour de Gaëtan, alias Gary Dub, aujourd’hui Gary Clunk. L’idée est posée dans l’édito du site, que l’on peut relire dans sa plus ancienne capture, d’octobre 2005 : les morceaux produits à la maison égalent parfois ceux du commerce, alors « l’idée d’un net label a fait son chemin ». Le label s’ouvre à tous les styles, mais d’abord au dub, sous toutes ses formes.
La première sortie, Dub Echoes, est une compilation de dix titres qui voyage « entre dub atmosphérique et dub steppa ». Gary Dub y signe « Native Of Nowhere », aux côtés de Subversive, Stout System, Volfonic ou Moziah. En 2006 suivent Délicieusement Toxique, premier maxi du groupe électro-dub Zaruts, puis le maxi First Steps de Gary Dub, quatre titres dont « Respect For Manutension Sound ». Le texte qui l’accompagne annonce déjà que Gary Dub a été « récemment rebaptisé Gary Clunk ».
Le téléchargement libre comme règle
French Dub Released a une règle simple : tout est gratuit. Chaque sortie est une archive à télécharger, avec les morceaux, la liste des titres et les pochettes, prête à être gravée. Le tout est placé sous licence Creative Commons : on partage librement, sans en faire commerce.
Ce choix n’empêche pas l’ambition. La deuxième compilation, Fire Dub Revolution, réunit quinze titres, de Webcam Hi-Fi à Hatman en passant par le Belge Jahno ou les Néerlandais de Togetha Brotha Sound System. En 2007, elle sort aussi en CD à 500 exemplaires, avec un livret et quatre inédits, pressé avec l’association Active Music, sans but lucratif et toujours sous Creative Commons.
Le catalogue s’étoffe. No Smoking Area associe Dub Machinist et I-Plant, avec des remixes de trois membres de Natty Breakz : Subversive, Hatman et Gary Clunk. En 2008, Manutension confie au netlabel son Tribute to King Tubby, quatre parties en hommage au maître jamaïcain (la présentation d’époque). La même année, Hatman publie son premier album, Dub To Dub Showcase vol.1, suivi du vol.2 en 2009.
Le netlabel n’est pas replié sur sa ville : il accueille le Parisien Monsieur Moutarde et sa Dérive des Condiments, le Lillois Redi, des artistes belges et néerlandais. Comme le résumait Dub Machinist en 2009, sortir un disque sur French Dub Released, c’était « rapide, gratuit et accessible à tout le monde ».
2009-2014 : les années par à-coups
En 2009, Manutension nous quitte. Son Tribute to King Tubby, paru de son vivant sur French Dub Released, reste l’une des traces les plus simples à écouter de son travail. Sa fiche d’artiste lui rend hommage.
French Dub Released continue, à son rythme. En 2011, Gary Clunk publie Archive Of Dub vol.1, des morceaux créés en 2008 et 2009, avec une annonce pleine d’humour : « French Dub Released is not dead ! ». En 2012 paraissent A Dub Entertainment de Hatman, Random Road du groupe Uptown Rebel et Dubsteady de PhoniAndFlore. En 2013, Roots Zombie, autre Bordelais, offre Digital Cultcha, l’une des sorties du netlabel les plus téléchargées chez nous.
La dernière sortie paraît le 30 mai 2014 et vient de loin : Toys’ Dub I, huit titres de PlusStepper produits à Odessa, en Ukraine. Puis le netlabel se met en sommeil.
De French Dub Released à ODG Prod
Environ trois ans plus tard, à l’été 2017, le catalogue de French Dub Released arrive chez nous : les archives sont remises en ligne et les vidéos des disques publiées au mois d’août. ODG Prod, netlabel dub lui aussi attaché au téléchargement libre depuis 2005, lui ouvre alors une rubrique dédiée, le site d’origine étant fermé.
Aujourd’hui, quinze sorties de French Dub Released sont en écoute et en téléchargement gratuit sur odgprod.com, avec leurs pochettes et leurs fichiers d’origine. Vous les reconnaîtrez à un détail : le nom de leur archive commence toujours par « FDR ». L’ancienne adresse du netlabel a depuis changé de mains ; pour revoir le site tel qu’il était, passez par la Wayback Machine d’Internet Archive.
Ce qu’il en reste aujourd’hui
Les musiciens de French Dub Released n’ont jamais quitté le dub. Hatman a poursuivi avec le label de vinyles Storm & Break. Gary Clunk joue avec des groupes de live dub comme Uptown Rebel ou The Subvivors, et sa série Archives of Dub a continué : le vol.2 est sorti chez nous en 2015, les suivants chez Reservoir Dub et Culture Dub. Il retrouve aussi régulièrement Dub Machinist : leur disque commun Anti Haters est sorti en janvier 2026.
Surtout, la musique est toujours là, gratuite, comme au premier jour. Garder ces disques en ligne, c’est garder la mémoire d’une génération qui a fait du dub à la maison, l’a partagé sans rien demander et l’a fait résonner dans les bars de Bordeaux. Les quinze pochettes sont juste en dessous : bonne écoute.















