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Histoire · La scène

Le dub français, des pionniers aux années 2000

Improvisators Dub, High Tone, Zenzile, Kaly Live Dub, EZ3kiel, Kanka, Hammerbass, la Dub Station : quinze ans de dub en France, des groupes sur scène aux sound systems et aux fanzines.

ODG Prod est né d’un coup de foudre pour le dub joué sur scène. Avant les piles d’enceintes et les dubplates, le label et le groupe Ondubground ont d’abord écouté des groupes : une basse, une batterie, une guitare, des machines, et quelqu’un à la table de mixage qui fait disparaître et revenir les instruments à coups d’écho. Ce dub à la française, électro, fusion, parfois rock, est né au milieu des années 1990 entre Bordeaux, Lyon, Angers et Tours, et c’est de lui que le label est parti. Les sound systems et les activistes, l’autre pilier de la scène, ont ensuite tout autant compté. Voici leur histoire, de 1995 à la fin des années 2000, carte à l’appui.

法国 Dub 地图,1995-2010 年法国简化地图,标出文中提到的法国 Dub 乐队、厂牌、Sound System、派对和推动者,从里尔到马赛,从布雷斯特到日内瓦。Lille : Weeding DubLilleRouen : Blackboard Jungle, KankaRouenCaen : Guns of BrixtonCaenParis : Hammerbass, Dub Action, Dub Wiser, Interlope, Paris Dub Activitys, Molécule, Paris-Dubmeetings (Cabaret Sauvage), Dub Station (Trabendo), Télérama Dub FestivalParisSt-Germain-en-Laye : Lab°St-Germain-en-LayeNancy : Dub In V.O.NancyBrest : Stand High Patrol, PupajimBrestRennes : Legal ShotRennesNantes : Zion Gate Hi-Fi, Zion Gate Music, MinimanNantesAngers : ZenzileAngersTours : EZ3kiel, Ondubground, ODG ProdToursPoitiers : Culture Dub, Dub U Hi-Fi, Nuits du DubPoitiersBourges : DubElectro, Dawa Hi-Fi, U.StoneBourgesDijon : Mayd HubbDijonBordeaux : Improvisators Dub, Gary Dub / Gary Clunk, French Dub Released, Uzinadub, Natty Breakz, The Dub Machinist, HatmanBordeauxLot : Löbe Radiant Dub System, Webcam Hi-Fi, I-Plant (Cahors)LotLyon : Kaly Live Dub, High Tone, Hybrid Sound System, Meï Teï Shô, Jarring Effects, Dub Addict Sound System, Panda DubLyonDrôme : DryDeck, Barbès.D (après 2009)DrômeSaint-Étienne : Brain Damage, A.S.S.E., Bangarang, Fedayi PachaSaint-ÉtienneGenève : O.B.F.GenèveFrontignan : FestipopFrontignanMarseille / Cannes : Lion Roots Sound, Barbès.DMarseille / Cannes
  • 乐队
  • 厂牌
  • Sound System
  • 派对、音乐节
  • 推动者、媒体
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1995-2000 : les pionniers du « dub à la française »

Le dub n’arrive pas en France en 1995. Dès les années 1980, Babylon Fighters mélange reggae, rock et dub, et en 1997 l’album Higher de Treponem Pal popularise l’expression « novo dub ». Mais c’est à la fin des années 1990 qu’une vraie scène se forme, avec une idée qui la distingue : jouer le dub en concert, avec de vrais instruments, et leur appliquer les effets en direct. Wikipédia parle d’un « dub à la française », par opposition au dub conçu uniquement à partir de vinyles ou de machines. Le fanzine Culture Dub, lui, appelait ce son la « French Dub Touch ».

Sept noms reviennent toujours : Improvisators Dub, Kaly Live Dub, Zenzile, High Tone, EZ3kiel, Lab° et Brain Damage. Wikipédia y ajoute Jahmeikya, un nom plus discret, dont il reste peu de traces : il a toute sa place ici, car cette histoire n’oublie personne.

Improvisators Dub, Bordeaux

Formé à Bordeaux en 1994, Improvisators Dub est pour Wikipédia « le premier groupe français de dub live ». Ses premiers enregistrements datent de 1997, et son premier album, Hybride, sort en 1998. Le groupe se produit sous deux formes : un sound system au son digital, inspiré de l’Angleterre des années 1980, et une formule avec chanteurs. Sur scène, il ose des instruments inattendus, comme le sitar.

Surtout, il multiplie les rencontres avec les Anglais : Dub & Mixture avec The Disciples en 2000, puis Inna Steppa Dub avec Iration Steppas en 2008. En 2001, Live Act Outernational est présenté comme le premier live de dub français. Le guitariste Manutension, figure majeure du dub en France, disparaît le 15 mai 2009, et le groupe s’arrête. Son Tribute to King Tubby, paru en 2008 sur le netlabel bordelais French Dub Released, est toujours en écoute au catalogue d’ODG Prod, qui a repris le catalogue du netlabel en 2017.

Kaly Live Dub, Lyon

里昂乐队 Kaly Live Dub 的照片

Kaly Live Dub naît en 1995 sur les pentes de la Croix-Rousse, à Lyon, sous le nom de Kaly Calipso. Au départ, c’est du dub roots, avec des cuivres. À la fin des années 1990, le groupe passe aux machines et aux samples, et son nom dit tout de sa réputation : c’est sur scène qu’il se juge.

Son premier album, Electric Kool Aid (2000 selon Discogs), est remarqué pour ses choix d’échantillons ; Hydrophonic y ajoute des couleurs orientales et jungle. La rencontre avec Rod Taylor le ramène ensuite vers le roots, et le double live On Stage, en 2007, résume ces années de concerts. Uzul, l’ancien machiniste du groupe, a depuis publié sa série Back In Dub chez ODG, où Kaly Live Dub Remixed est sorti en 2018.

Zenzile, Angers

来自昂热的乐队 Zenzile 的成员
照片:Gigidimarchetti,CC BY-SA 3.0(维基共享资源)

Zenzile se forme à Angers en 1996. Le quintet joue un dub « aérien », légèrement électronique, teinté de rock. Pour contourner l’absence de paroles propre au dub, il invite des voix, celles de Jamika Ajalon et de Jean Gomis, alias Sir Jean, dès 1999, et invente la série des « 5+1 », où un invité rencontre les cinq musiciens.

Après Sachem in Salem (1999) et Sound Patrol (2001) chez Crash Disques, il tourne avec High Tone en novembre 2005 et grave avec lui Zentone. Plus tard, il glisse vers un son plus post-rock. Zenzile Remixed, sorti chez ODG en 2019, réunit des remixes d’Ondubground, Panda Dub, Dub Shepherds ou Mahom.

High Tone, Lyon

2007 年夏天,High Tone 在 Studio de la Loge 录音:调音台和录音室里的乐手
照片:Opti,CC BY 3.0(维基共享资源)

High Tone se forme en 1997, lui aussi à la Croix-Rousse, et grandit avec le label Jarring Effects. Son dub mêle le dub jamaïcain des années 1970, la jungle, la drum and bass, la techno, le hip-hop et une couleur orientale très forte, que Wikipédia considère comme sa marque. Après un premier 45 tours, Bot Bud Season (1998), viennent Opus Incertum (2000), Bass Température (2001), Acid Dub Nucleik (2002), Wave Digger (2005) et Underground Wobble (2007).

Le groupe pense ses albums comme des expériences, et il aime les rencontres. En 2005, il part en « Lyon Calling Tour », 23 concerts dans 17 pays, avec Le Peuple de l’Herbe et Meï Teï Shô. Pour toute une génération, High Tone reste la référence du dub électro français. En 2017, ODG lui a consacré un album de remixes, Dub To Dub.

EZ3kiel, Tours

EZ3kiel 乐队的 Joan Guillon 于 2009 年 5 月 30 日在第戎 La Vapeur 演出
照片:Olivier Lemoine – Olivier Colas,CC BY-SA 3.0(维基共享资源)

EZ3kiel naît en 1993 à La Riche, aux portes de Tours, d’abord sous le nom d’« EZEKIEL », clin d’œil à Pulp Fiction. À ses débuts, le groupe développe, selon Wikipédia, « un trip hop orienté dub et jungle », et il soigne autant l’image que le son : Yann Nguema conçoit ses propres logiciels pour lier vidéo et musique sur scène.

En 1999, EZ3kiel joue à la première grande soirée Jarring Effects au Transbordeur, à Lyon, aux côtés de High Tone et du Peuple de l’Herbe. Suivent Handle With Care (2001) et Barb4ry (2003) chez Jarring Effects, puis Naphtaline et Battlefield. Pour un label né à Tours, EZ3kiel est le grand voisin : la preuve qu’un dub expérimental pouvait partir de Touraine et voyager loin.

Lab°, Saint-Germain-en-Laye

Né en 1998 à Saint-Germain-en-Laye, dans les Yvelines, Lab° (avec son petit signe degré) joue un dub-rock instrumental très lourd, aux sonorités proches du hardcore. Après un premier disque autoproduit, Dubalgan 500mg, le groupe publie sur son propre label, Mille Milliards, Taffy Ap (2001) et l’album Derrière la pluie (2003), puis Mus (2005). Wikipédia le range à la fois parmi les groupes du « dub à la française » et parmi ceux qui fusionnent dub et rock instrumental, aux côtés d’EZ3kiel et de Guns of Brixton.

Brain Damage et A.S.S.E., Saint-Étienne

Brain Damage naît en 1999 à Saint-Étienne, à l’initiative de Martin Nathan et du bassiste Raphaël Talis, issus du collectif et label Bangarang. D’abord duo basse-machines, puis Martin Nathan seul avec des voix invitées, Brain Damage joue en « live machine ». Son maxi Bipolar Disorder sort en 1999.

La même année, Bangarang publie From Scratch, le maxi d’un groupe frère : A.S.S.E., pour Another Sound System Experience. Autour de Martin et Raphaël, il réunit Denis Sefani, de Fedayi Pacha, et le batteur Benoît Rubet. Éphémère mais marquant, A.S.S.E. joue avant ou après 45 des quelque 60 concerts de Brain Damage, de juillet 1999 à avril 2002.

Au début des années 2000, Brain Damage travaille avec des maîtres anglais (Zion Train, Alpha & Omega, The Disciples) et pose son style chez Hammerbass avec Always Greener (On the Other Side) en 2002, puis Ashes to Ashes / Dub to Dub en 2004. En 2006, il rejoint Jarring Effects pour une trilogie autour de la dub poetry. Martin Nathan revendique aujourd’hui 17 albums et près de 900 concerts.

Löbe Radiant Dub System, vallée du Lot

Dans le Sud-Ouest, entre le Lot et le Lot-et-Garonne, Fredread fonde en septembre 1996 le duo Löbe. Sa musique mêle dub, électro et breakbeat : une basse et une batterie massives, des samples tantôt tranchants, tantôt évanescents, et une guitare omniprésente. De tous les groupes de l’époque, c’est celui dont le son est le plus proche de celui de High Tone, avec qui il partage d’ailleurs l’affiche dès ses premières années, comme avec EZ3kiel, Scorn ou Mogwai.

Après Dédales (1997) et Ondulation (1999), parus chez le label franco-belge From Belgium With Love, le groupe s’étoffe en 2000 d’une vraie section rythmique et devient Löbe Radiant Dub System. Il signe ensuite chez Jarring Effects, le label de High Tone, pour Echo Chamber Odyssey (2002) et Vibe Disciple (2004), et Wikipédia le range parmi les groupes du « dub à la française ». Il s’arrête en 2006, après environ 200 concerts. Fredread, lui, continue avec Webcam Hi-Fi, son autre projet, lancé dès 1999.

Les rencontres lyonnaises : de Kaltone à Zentone

里昂厂牌 Jarring Effects 的标志,2007 年其网站上的样子
互联网档案馆截图 / Jarring Effects,2007 年

Né en 1993 dans une cave lyonnaise, le collectif Jarring Effects devient le label de toute une scène. Entre 2003 et 2006, il orchestre une série de rencontres restées célèbres. Chaque fois, High Tone croise un autre groupe, et le nom du disque fusionne les deux :

  • Kaltone (2003) : High Tone rencontre Kaly Live Dub, sur un maxi qui scelle l’amitié du dub lyonnais ;
  • Highvisators (2004) : High Tone rencontre Improvisators Dub, Lyon et Bordeaux réunis ;
  • Wangtone (2005) : High Tone rencontre le DJ chinois Wang Lei ;
  • Zentone (2006) : High Tone rencontre Zenzile, après leur tournée commune ;
  • High Damage (2012) : six ans plus tard, la série se prolonge quand High Tone rencontre Brain Damage, les Stéphanois arrivés chez Jarring Effects en 2006.

Ces « meetings » ne sont pas pensés, au départ, pour la scène, mais ils disent l’essentiel : les groupes de dub français s’écoutent, s’invitent et jouent ensemble.

2000-2005 : la relève, entre scène et sound system

Au tournant des années 2000, une deuxième vague arrive. Elle doit beaucoup aux sound systems anglais, de Zion Train à Iration Steppas, et elle brouille la frontière entre le groupe qui joue sur scène et le sound system qui passe ses disques. Pour Alex Dub, de Culture Dub, c’est l’époque des « live acts » : un ou deux musiciens, des machines, une table de mixage, et le dub stepper venu d’Angleterre.

Interlope, Paris

À Paris, Rimshot et Dragongaz se rencontrent en 1997 à l’Hôpital Éphémère, puis fondent Interlope en octobre 1999, avec une idée simple : des machines jouées en direct ont leur place sur les pistes de danse, à côté des DJ. Ce duo de « live machines » joue un breakbeat qui va de la jungle à la techno, avec des passages dub. Repéré au Printemps de Bourges en 2000, il publie ses premiers disques chez Jarring Effects, dont l’album Talk To The Beat (2002) et Computer Selecta 2001-2004, remixe High Tone sur Re-Processed #1 en 2006, puis rejoint le label Expressillon. Plus cousin électro que groupe de dub au sens strict, Interlope montre à quel point les frontières bougent alors.

Hybrid Sound System, Lyon

Uzul(Kaly Live Dub 前机器手、Hybrid Sound System 成员之一)于 2011 年 1 月 21 日在蒙托邦 Le Kap Blanc 现场演出
Uzul 2011 年在蒙托邦现场演出。照片:Mill3k,CC BY-SA 4.0(维基共享资源)

À Lyon, Hybrid Sound System naît dans la machinerie de Kaly Live Dub : Uzul, qui y tient samplers et effets, et Mat, venu du même groupe, montent en parallèle un duo plus électronique, tourné vers le breakbeat, la drum and bass et la techno. Ses premiers titres paraissent en 2001 sur des compilations, dont Mostar – How Do You Sleep? chez Jarring Effects. En 2004 sort l’album Synchrone, sur le label parisien Sounds Around ; sur scène, le duo joue alors un live dub hypnotique qui dérive vers des sons tribaux. En 2006, il remixe High Tone sur Re-Processed #1. Uzul poursuit ensuite en solo, jusqu’à sa série Back In Dub, lancée chez ODG en 2018.

Meï Teï Shô, Lyon

Autre formation lyonnaise, Meï Teï Shô mêle jazz, afrobeat et dub. Son nom vient d’un terme japonais qui désigne un état de transe, et sa musique se veut « évolutive et répétitive ». Après un premier maxi chez Jarring Effects en 2000, le groupe se fait connaître en 2001 avec Xam Sa Bop, puis publie Lô Bâ en 2004. En 2005, il part en « Lyon Calling Tour » avec High Tone et Le Peuple de l’Herbe ; la même année, le chanteur Sir Jean, le guitariste Kostia et le saxophoniste Riko quittent le groupe. Le CD-DVD Dance & Reflexion (2006) garde la trace du dernier concert de la formation historique, au Transbordeur, et un dernier album, Take a Ride, sort en 2009.

Hammerbass, le label parisien du dub

À Paris, tout part d’une soirée. Depuis 1995, le collectif Dub Action Soundcrew organise les soirées Dub Action, dont le nom vient d’un morceau de Puppa Leslie. En 1997, il fonde Hammerbass, un label indépendant consacré au dub « sous toutes ses formes » : roots, électro, steppa, ambient. Son premier disque est un maxi de l’Anglais The Rootsman, A Matter of Time.

En quelques années, Hammerbass devient la maison d’une bonne partie de la scène : les Parisiens de Dub Wiser (Sensi Drinka, 2000), Brain Damage (Always Greener, 2002), Fedayi Pacha, puis Kanka à partir de 2005, Miniman en 2006 avec Opus in Dub Minor, et la rencontre d’Improvisators Dub avec Iration Steppas en 2008. Le label publie aussi des Anglais, comme The Rootsman ou Manasseh, et la compilation Jah Warrior And Friends (2003). Entre 1997 et 2010, Discogs lui attribue une cinquantaine de disques.

Les soirées, elles, continuent : en 2006, Dub Action investit le Batofar. Et le 22 mars 2008, aux Caves Le Chapelais, dans le 18e arrondissement, les Hammerbass DJs partagent l’affiche avec Dub Wiser, Rosedub et Ondubground, comme l’annonce alors la page MySpace du groupe.

Miniman, Nantes

钢琴家、Dub 制作人 Miniman 的照片

Derrière Miniman se cache Roland Rougé, pianiste et compositeur, présenté comme un « acteur incontournable de la scène dub hexagonale depuis la fin des années 90 ». Nourri de King Tubby, Prince Jammy et Jah Warrior, il impose dès 2001 un dub stepper à l’anglaise, fait de machines et de mélodies au piano. Ses premiers disques naissent de sa rencontre avec Zion Gate Hi-Fi, sound system nantais : son tout premier maxi, Dubland / En marche pour Sion (2001), est la première sortie du label Zion Gate Music. L’album En marche pour Sion suit en avril 2002, et « Dubland » y est présenté comme le premier dub « digital » sorti en France. Le disque le mène en tournée avec Zion Train, Bush Chemists et Iration Steppas.

Après Opus in Dub Minor chez Hammerbass en 2006, et une longue période de studio, Miniman publie aujourd’hui ses albums chez ODG : Inside en 2016, From Creation avec Murray Man en 2018, Thrulight en 2024.

Kanka, Rouen

Kanka 于 2007 年 10 月 19 日在格勒诺布尔 Le Summum 演出,同台的有 MC Oliva 和 Chris B
照片:Saruman,公有领域(维基共享资源)

Kanka commence comme batteur, en 1997, dans le groupe reggae King Riddim. En 2003, il sort seul Every Night’s Dub, un premier album autoproduit, avec MC Oliva, du sound system Blackboard Jungle, au micro. Repéré par Hammerbass, il y publie Don’t Stop Dub (2005), Alert (2006) et Sub.Mersion (2009), et devient l’un des pionniers du dub steppa français.

Son live tient en peu de choses : un ordinateur, une table de mixage, des effets, MC Oliva au micro et Chris B à la basse. Mais il fait le lien entre les deux mondes : Kanka joue dans les festivals comme dans les soirées sound system. Il croise Lee « Scratch » Perry, Mad Professor, Zenzile ou EZ3kiel, et travaille avec Brother Culture. Chez ODG, il apparaît dès 2008 sur la compilation Step4i, et sa saga Abracadabra s’y écrit depuis 2015, du Chapter 1 au Chapter 3, sorti en 2026.

Stand High Patrol et Pupajim, Brest

Stand High Patrol 于 2015 年 7 月 4 日在 Summerjam 音乐节演出
Summerjam 2015。照片:Emha,CC BY-SA 4.0(维基共享资源)

Stand High Patrol naît en Bretagne au tout début des années 2000, autour de Rootystep à la sélection, de Mac Gyver aux manettes et aux effets, et de Pupajim, chanteur et compositeur, rejoints plus tard par le trompettiste Merry. Son port d’attache est Brest, la ville où il joue « à domicile ». Influencé par les sound systems jamaïcains, mais aussi par le hip-hop, la new wave, la techno et le trip-hop, le groupe invente un style qu’il appelle le « dubadub ».

Il commence par tourner en Bretagne, puis produit un dub stepper inspiré des productions anglaises, porté par la voix très reconnaissable de Pupajim. Stand High Patrol joue à la fois sur scène et en sound system, avec une sono fabriquée avec Roots Atao : une vraie passerelle entre les deux mondes. Il fonde son label, Stand High Records, en 2009. Pupajim chante sur « Rubadub Anthem », le remix de Mahom qui figure sur Dub To Dub (ODG, 2017).

Le label croise très régulièrement sa route. En septembre 2011, au Festipop de Frontignan, Pupa Jim & Stand High jouent la veille d’une « Carte Blanche ODG ». Ondubground et Stand High Patrol partagent ensuite la même soirée aux Couleurs Urbaines de La Seyne-sur-Mer, le 2 juin 2018, avec Mahom, puis au Dour Festival, en Belgique, le 12 juillet 2019, avec Marina P. Au Mexique, en janvier 2024, la tournée d’Ondubground passe par le Weekend Dub MX, le premier festival de Nación Dub, avec Alpha Steppa. Le samedi 27 janvier, sa deuxième partie se tient en plein air à la Finca La Llorona, à Chimalhuacán, aux portes est de Mexico, un lieu où le public peut venir camper : sur une scène immense, par une nuit glaciale, sous les dix degrés, Ondubground y partage l’affiche avec Stand High Patrol et le chanteur Joe Yorke. Et le samedi 28 mars 2026, à La Cigale, à Paris, c’est Marina P & The Radiators, un groupe dont fait partie Simon, alias Olo, cofondateur du label, qui ouvre la soirée de sortie d’Underground Oasis, le nouvel album de Stand High Patrol.

Weeding Dub, Lille

À Lille, Weeding Dub, producteur nourri des sound systems anglais (Aba Shanti-I, Iration Steppas, Vibronics), sort son premier album, Steppactivism, en février 2004, dans un registre stepper et « conscious ». Sur scène, il joue avec un mini-studio et mixe en direct. Avec Kanka et Brain Damage, il fait partie des « live acts » qu’Alex Dub range dans la lignée de Zion Train et d’Iration Steppas : ces artistes qui jettent un pont entre le dub de scène et la culture sound system. Son morceau « 17 Juillet » figure sur Step4i – Part 6, en 2010. Weeding Dub est toujours actif, avec son label Wise & Dubwise.

Webcam Hi-Fi

Webcam Hi-Fi est l’autre projet de Fredread, le fondateur de Löbe Radiant Dub System. Ce « dub organiza, creata, selecta » le lance en 1999 et l’enregistre, selon sa page MySpace de 2008, du haut d’une colline du sud-ouest de la France. Très ancré dans la tradition jamaïcaine et anglaise, il produit des riddims chantés par Earl Sixteen, Tony Tuff ou Ranking Joe, sortis en 10" sur son label Tube Dub Sound Records à partir de 2004, et les joue de préférence en sound system. Son album Livity Is My Temple sort en 2009.

C’est aussi un homme du réseau : il enregistre et mixe d’autres artistes des netlabels, signe un remix sur Step4i – Part 4 en 2008 et un « deskmix » sur l’EP Lola d’Ondubground, en 2010.

Fedayi Pacha, Saint-Étienne

À Saint-Étienne, Denis Sefani, ancien d’A.S.S.E., lance son projet solo, Fedayi Pacha, au sein du collectif Bangarang. Il y mélange dub et sons d’Orient : samples, ordinateur, musiciens invités et duduk, le hautbois arménien, pour dessiner un paysage qui va de l’Inde au Maghreb en passant par les Balkans et l’Angleterre. Chez Hammerbass, il publie Dub Works (In Mysterious Waves) en 2005, The 99 Names of Dub en 2007, puis From the Oriental School of Dub en 2009, avec plus de quinze invités, dont Alexander Hacke, d’Einstürzende Neubauten : le disque reçoit le Qwartz de l’album en 2010. Fedayi Pacha est aussi présent au catalogue d’ODG : invité de Mahom sur « Lettre à la Planète » (Dub by Sub, 2012), il remixe « Breez » de Khoe-Wa Dub System sur Friends Remixes (2018).

Dub Wiser, Paris

巴黎电子 Dub 三人组 Dub Wiser 的标志
标志:Dub Wiser,CC BY-SA 3.0(维基共享资源)

À Paris, Dub Wiser naît en 1998 de la fusion des projets de Rico et de Luz, et le trio électro-dub monte sur scène dès 1999. Il publie chez Hammerbass le maxi Sensi Drinka (2000), avec deux remixes d’Alon Adiri, de Dub Syndicate, puis A New Millenium Of Dub (2001), hommage au New Chapter of Dub d’Aswad, Chapter II: Tribute to Remixes (2003) et Behind The Dub Side (2005). Sur scène, il partage l’affiche avec The Rootsman, Adrian Sherwood, Linton Kwesi Johnson, Dreadzone ou Vibronics, et, le 22 mars 2008, avec Ondubground, aux Caves Le Chapelais. Son « Paradub » figure sur Step4i – Part 6, en 2010.

Guns of Brixton, Caen

来自卡昂的乐队 Guns of Brixton 于 2007 年 10 月 19 日 Rocktambule 音乐节期间在格勒诺布尔 Le Summum 演出
格勒诺布尔,2007 年。照片:Saruman,公有领域(维基共享资源)

À Caen, Guns of Brixton se forme en 2002 et emprunte son nom à un morceau des Clash. Dès 2004, le groupe compte quatre membres : basse, batterie, guitare et machines. Il joue un électro-dub sombre, nourri de rock, qualifié de « post-dub » : Near Dub Experience (2004), puis in.dub.out (2006). Deux fois invité au Printemps de Bourges, il passe aussi par le Télérama Dub Festival et par le Fusion Festival, en Allemagne, et Wikipédia le range aux côtés de Lab° et d’EZ3kiel. Avec Cap Adare (2009), puis Inlandsis (2012), il glisse vers le rock et le post-rock, avant de se reformer en 2018 pour le festival Nördik Impakt.

2005-2010 : la génération du web

Au milieu des années 2000, une troisième génération arrive par Internet : un ordinateur, un logiciel et un netlabel qui offre la musique gratuitement suffisent pour être écouté. Cette histoire est racontée dans Le dub sur le web dans les années 2000 ; ici, ville par ville, quelques noms montrent le lien avec les pionniers.

Bordeaux, l’école du Sud-Ouest

波尔多 Dub 制作人 Gary Clunk 的照片,他最初以 Gary Dub 为名

À Bordeaux, l’héritage d’Improvisators Dub et de Manutension se transmet vite. De 1998 à 2004, le crew Uzinadub presse ses propres maxis et fait venir Martin Campbell ou Manasseh ; The Dub Machinist en sort, avant de signer ses riddims chez Control Tower Records. En 2004, le sound system Natty Breakz joue au Lambi, alors le repaire du dub et de la drum’n’bass bordelaise : Gary Dub y sélectionne avec Subversive, Dub Fighta et Hatman, dont le premier morceau paraît en 2005 sur un EP de Gary. Gary Dub, qui commence à produire en 2003 et se réclame de « l’école Improvisators », porte le netlabel French Dub Released, raconté dans French Dub Released, le netlabel qui offrait le dub bordelais. On y retrouve No Smoking Area (2007), de The Dub Machinist avec I-Plant, le projet de Tooney Roots, venu de Cahors, et les deux Dub to Dub Showcase de Hatman (2008 et 2009). Devenu Gary Clunk, Gary signe « Hi Tek Vibe » sur Step4i – Part 4, en 2008, puis fonde avec Hatman le label de vinyles Storm & Break, dont le site salue toute la « Bordeaux Dub School ». Son maxi First Steps et son Archive Of Dub vol. 1 (2011) sont aujourd’hui au catalogue d’ODG.

Lyon : Panda Dub

À Lyon, Panda Dub compose sur ordinateur depuis 2004 et offre sa musique en téléchargement libre. Ses morceaux circulent sur Internet avant de trouver leur place sur le netlabel ODG : Subcontraire (2009), remixé par Ondubground, puis Black Bamboo (2010), avec une « Interlude pour Manutension ». Il donne son premier concert en 2008. Sept ans plus tard, il remplit le Bikini de Toulouse, et Télérama salue en lui la « nouvelle figure de proue de la scène dub indépendante française ».

Bourges : Dawa Hi-Fi et U.Stone

À Bourges, les musiciens du groupe Orange Dub montent au milieu des années 2000 leur propre sound system, Dawa Hi-Fi, autour de Val Dawa (machines, mélodica, saxophone) et du sélecteur Benabass. L’équipe grave ses dubplates, sort en 2008 un maxi chez Blackboard Jungle et confie ses EP gratuits à ODG, comme Antik Tings (2009). Deux membres d’Orange Dub rejoignent Ondubground en décembre 2006, et Benabass chante sur son maxi Rise and Fall. Venu de la drum’n’bass, U.Stone se tourne vers le dub au contact de Dawa Hi-Fi : Val Dawa joue sur son EP Digital Shadows (2009). Le 14 avril 2010, en marge du Printemps de Bourges, Ondubground, Dawa Hi-Fi et U.Stone partagent la même affiche.

De Marseille à la Drôme : Barbès.D et DryDeck

À Marseille, le guitariste Barbès.D, « one man dub band », lance Electrodunes, une rencontre entre le dub électronique et les chants sahariens de Béni-Abbès, en Algérie. Il partage la troisième Step4i avec le toaster marseillais Toko Blaze, puis signe en 2010 le premier disque de Culture Dub Records, avant de s’installer dans la Drôme.

Dans la Drôme justement, DryDeck joue depuis 2005, à quatre sur scène, un dub électro sombre et massif, dans la lignée de High Tone. Le courant passe tout de suite avec Ondubground : les deux groupes se remixent sur DDK vs ODG (2009) et DDK vs ODG /2 (2010), DryDeck vient jouer à Tours pour la Fête de la Musique, et l’association orléanaise L’Appareil coproduit Heavy Dub & Massive S#!t (2010).

Mayd Hubb et Molécule, avant la grande scène

À Dijon, Mayd Hubb construit un dub de voyageur : The Blue Train (2008), dont le « Magic Camel » rejoint Step4i – Part 5, puis des tournées en Europe et en Amérique du Nord, et Enter The Loop chez ODG en 2015. Derrière ce nom se trouve Guillaume Alric, qui fonde ensuite avec son cousin le duo électronique The Blaze.

À Paris, Molécule commence lui aussi par le dub : In Dub V1.0 (2006), un maxi chez Sounds Around, puis Climax (2009), dont un remix du titre « Faluja » paraît sur la même Step4i – Part 5. Il se fait ensuite connaître pour ses albums enregistrés en mer ou au Groenland, 60°43' Nord et -22.7°C.

Sans oublier…

Ackboo (Toulouse), Inadubstate et Metastaz (Paris Dub Activitys), Padawin et Biga Ranx (Tours), Big Family Sound System, Dub Twelve et Massive Dub Corporation (Bourges), Guitoud et Dub In V.O. (Nancy), Redi (Lille), Sartouk (Côte d’Azur), Zaruts (Nantes), R2Jeux et Jean Paul Dub (Caen), Monsieur Moutarde et The Sounsty (Paris), Volfoniq (Montpellier), Malone Rootikal (Toulouse), The Blackstarliners et Mysty-K Dub (Bretagne), Double Doctor, Da Step Corner (Poitiers), PhoniAndFlore, Uptown Rebel, Roots Zombie, Kuro Loud Dub, Algar, Tomaski, Meef Chaloin, Jahno… Et les amis venus d’ailleurs : Disrupt et son label Jahtari (Leipzig), Jah Billah (Zagreb), Echo Roots (Suède), Radikal Guru (Pologne), Lab Frequency et Dub Engine (Italie), No Name Dub (Buenos Aires), Blondub Sexy Sound (Tel Aviv), King Porter Stomp et King Simeon (Angleterre).

Ondubground et les compilations Step4i

À Tours, Ondubground naît en 2004 : un duo formé par deux frères, nourris du dub joué sur scène. Le 14 mars 2006, le netlabel Paris Dub Activitys publie son premier maxi, First Part of the Sound ; à l’été 2006, le webzine Dubzone glisse l’un de ses morceaux sur sa neuvième compilation, une histoire racontée dans Dubzone, le webzine dub qui a ouvert la porte à ODG.

En juillet 2007, Ondubground lance Step4i – Part 1, la première des compilations du label, avec Orange Dub et Dawa Hi-Fi. En moins de trois ans, elles réunissent les producteurs nés sur Internet et leurs aînés : DryDeck et Barbès.D sur la Part 3 ; Kanka (« Echo Dub »), Webcam Hi-Fi, Gary Clunk et U.Stone sur la Part 4 (2008) ; Panda Dub, Mayd Hubb, Molécule, Dub In V.O. et un remix signé Manutension sur la Part 5 (2009). Et le 11 février 2010, Step4i – Part 6 rassemble Brain Damage avec Black Sifichi (« Ignore »), Weeding Dub (« 17 Juillet »), Dub Wiser (« Paradub »), Kanka (« Croon It », avec El Aaron) et Biga Ranx. Les pionniers de 1999 et le petit netlabel tourangeau se retrouvent sur le même disque.

Sound systems et soirées, l’autre pilier

Pendant que les groupes remplissent les salles, une autre culture grandit : celle des sound systems. Pas de scène, mais une pile d’enceintes construite à la main, un selecta, un MC et un public face au mur de basses. Les premières soirées sound system parisiennes remontent à 1983 ; au tournant des années 2000, le mouvement s’organise et trouve ses lieux.

Du Paris Dubclub aux Dub Meetings du Cabaret Sauvage

2009 年 9 月,巴黎拉维莱特公园内的 Cabaret Sauvage 大帐篷
照片:Marimarina,CC BY 3.0(维基共享资源)

En 2004, après un passage remarqué au Jahsound Festival, le sound system rouennais Blackboard Jungle devient le son résident du Paris Dubclub. Il y reçoit les grands noms anglais : Jah Shaka, Aba Shanti-I, Channel One. Dès 2005, il lance les Paris-Dubmeetings, des rendez-vous mensuels au Cabaret Sauvage, le chapiteau du parc de la Villette, ouvert en décembre 1997.

La Dub Station du Trabendo

Vient ensuite la Dub Station, au Trabendo, une autre salle du parc de la Villette : à partir de 2006 selon Blackboard Jungle, de 2007 selon Musical Riot. Cette association, fondée en 2002, y programme « les plus grands sound systems de la scène dub anglaise et européenne », chacun venant avec sa propre sono. En octobre 2008, la dixième Dub Station accueille Iration Steppas et The Mighty Tabot. D’abord mensuelle, puis tous les deux mois, la soirée se décline à Rennes, Marseille et Toulouse dès janvier 2009, et elle dure : Aba Shanti-I y joue encore en 2014, pour la 45e édition.

Le Télérama Dub Festival

Au début des années 2000 (2002 selon Wikipédia, 2003 selon une autre source) naît le Télérama Dub Festival, dont la direction artistique est liée à Musical Riot et au journaliste Frédéric Péguillan. Chaque édition tourne dans une dizaine de villes. Improvisators Dub y présente sa création avec Iration Steppas, Guns of Brixton y passe aussi. Le festival fête sa 7e édition en 2009, ses dix ans en 2012, et devient le Forward Festival en 2019.

Blackboard Jungle, Zion Gate Hi-Fi et les grands sound systems

Blackboard Jungle (Rouen) est l’un des sound systems pionniers. Tout commence en 1994 par une émission de radio sur RC2 (94.4 FM), puis la sono est construite en 1999. Son MC, Oliva, chante aussi avec Kanka. En 2009, Blackboard Jungle devient le premier sound system français invité à l’University of Dub, à Londres.

À Nantes, Zion Gate Hi-Fi, fondé en 1996 par Ras Abubakar, défend un son roots & culture et se présente comme l’un des plus anciens sound systems de France ; son label, Zion Gate Music, publie le premier disque de Miniman. À Rennes, Legal Shot est fondé en 2000 par des Malouins. À Lyon, le Dub Addict Sound System naît en 2002 autour de Pilah, guitariste de Kaly Live Dub.

Juste de l’autre côté de la frontière, à Genève, O.B.F., pour Original Bass Foundation, apparaît au début des années 2000, tout près des Alpes françaises. Il lance en 2006 les soirées Dubquake à L’Usine, et croisera plus tard la route de High Tone, avec une tournée commune en sound system en 2012 et 2013.

Lion Roots Sound, de Marseille à Cannes

Sur la côte méditerranéenne, un sound system s’impose : Lion Roots Sound. Après un voyage à Londres en 1998 et une rencontre avec Aba Shanti-I, son sélecteur et opérateur, Steflion, décide de construire sa propre sono. Basé entre Marseille et Cannes, Lion Roots joue depuis 1999 un reggae roots et conscient, sur une sono de 24 kW inspirée de l’école anglaise, et ses sessions s’étendent tout le long de la côte, de Nice et Cannes à Toulon, Marseille et Montpellier. Il fait venir Rod Taylor, U-Brown ou Kenny Knots, organise en 2001 le retour d’Aba Shanti-I en France et reçoit Jah Shaka à l’Espace Julien, à Marseille, en 2006.

Le vendredi 28 mai 2010, dans les arènes de Frontignan, Lion Roots Sound partage l’affiche du Festipop avec « ON Dub Ground feat Biga Ranx ». Organisé depuis 2004 par l’association Cultures Urbaines Sans Frontières avec le Secours populaire de l’Hérault, ce festival solidaire reverse ses bénéfices à des projets humanitaires. Ondubground y revient dès l’année suivante, pour une « Carte Blanche ODG ».

Les activistes : fanzines, radios et webzines

Une scène ne vit pas seulement de musiciens : il lui faut des gens pour en parler, la programmer, la faire circuler, souvent bénévolement.

Culture Dub et Alex Dub, Poitiers

À Poitiers, Alex Dub crée Culture Dub en 1999. C’est d’abord un fanzine papier, photocopié et distribué de main en main, qui traite de trois dubs : le jamaïcain, l’anglais et le français, qui émerge à peine. Mark Iration, d’Iration Steppas, en collectionne chaque numéro. La même année naît l’association Djahkooloo, qui porte le projet ; en novembre 2006, le fanzine en est à son 19e numéro.

En 2002, Culture Dub devient aussi une émission de radio, sur Radio Pulsar (95.9 FM), animée bénévolement : elle dépasse les 730 émissions en 2022. En 2006 arrive le webzine, « suite logique du fanzine » : actualité, sorties, agenda et juke-box d’artistes qui offrent leur musique. À Poitiers, Culture Dub organise aussi les Nuits du Dub, avec le FreeDub Sound System et Dub U Hi-Fi.

En janvier 2009, le site cite Ondubground parmi les « artistes dub français », aux côtés de High Tone, Kaly Live Dub, Kanka, Miniman, Webcam Hi-Fi, Zenzile, EZ3kiel, Brain Damage, Improvisators Dub et Manutension. En 2010, Culture Dub Records voit le jour, d’abord pour un 10" des dix ans avec Barbés.D et Sista Bethsabée ; la série Archive Of Dub de Gary Clunk s’y poursuit. Le réseau d’Alex Dub porte loin : à la fin des années 2010, Ondubground et lui partagent même une scène à Helsinki, en Finlande. En 2022, interrogé par la radio en ligne Black Rhino Radio, Alex Dub cite ODG Prod parmi les labels qui emmènent le dub vers l’électro et la bass music.

Dub U Hi-Fi, Poitiers

Toujours à Poitiers, Dub U Hi-Fi est le sound system de Benjamin, aujourd’hui régisseur de tournée du label chez AFTRWRK. À la fin des années 2000, sa page MySpace le présente à la fois comme sélecteur « strictly vinyl », organisateur de concerts et tour manager. Avec Culture Dub et le FreeDub Sound System, il coorganise les Nuits du Dub : la quatrième reçoit les Anglais de Bush Chemists, la sixième se tient le 17 mai 2008 à Benassay, dans la Vienne. Il lance aussi les soirées « Le Laboratoire du son » et des « Roots & Dub soundclash », où passe Webcam Hi-Fi.

Sa sono impressionne : une douzaine de « scoops », ces gros caissons de basse à pavillon, sur lesquels Ondubground joue en 2007 et 2008. Dub U Hi-Fi figure d’ailleurs, à l’époque, parmi les amis mis en avant sur la page MySpace du groupe.

Les webzines et les netlabels : DubElectro, Dubzone et les autres

Au milieu des années 2000, le relais passe aussi par Internet. À Bourges, DubElectro chronique Brain Damage, High Tone ou Zenzile ; Dubzone, Paris Dub Activitys, French Dub Released et la communauté Versionist font circuler la musique gratuitement. Les radios associatives aussi, comme Radio Dio à Saint-Étienne, où Brain Damage anime une émission reggae-dub. Toute cette histoire est racontée dans Le dub sur le web dans les années 2000.

Chronologie du dub français, 1993-2010

年份大事记
1993naissance du collectif Jarring Effects dans une cave lyonnaise ; EZ3kiel se forme à La Riche, près de Tours.
1994Improvisators Dub à Bordeaux ; émission « Blackboard Jungle » sur RC2, à Rouen.
1995Kaly Live Dub, alors Kaly Calipso, à Lyon ; premières soirées Dub Action à Paris.
1996Zenzile à Angers ; Zion Gate Hi-Fi à Nantes ; le duo Löbe dans le Sud-Ouest.
1997High Tone à la Croix-Rousse ; naissance du label Hammerbass ; Treponem Pal, Higher ; Löbe, Dédales.
1998High Tone, Bot Bud Season ; Improvisators Dub, Hybride ; EZ3kiel, Equalize It ; Lab° se forme.
1999Zenzile, Sachem in Salem ; Brain Damage, Bipolar Disorder, et A.S.S.E., From Scratch ; Blackboard Jungle construit sa sono ; fanzine Culture Dub ; soirée Jarring Effects au Transbordeur ; Löbe, Ondulation ; Interlope à Paris.
2000High Tone, Opus Incertum ; Kaly Live Dub, Electric Kool Aid ; Improvisators Dub meets The Disciples ; Dub Wiser, Sensi Drinka ; Legal Shot à Rennes.
2001EZ3kiel, Handle With Care ; Improvisators Dub, Live Act Outernational ; Zenzile, Sound Patrol ; Miniman, Dubland / En marche pour Sion.
2002High Tone, Acid Dub Nucleik ; Brain Damage, Always Greener ; Miniman, En marche pour Sion ; émission Culture Dub sur Radio Pulsar ; Dub Addict Sound System ; Guns of Brixton à Caen ; premier Télérama Dub Festival (2002 ou 2003 selon les sources).
2003Kaltone (High Tone et Kaly Live Dub) ; EZ3kiel, Barb4ry ; Lab°, Derrière la pluie ; Kanka, Every Night’s Dub.
2004Highvisators (High Tone et Improvisators Dub) ; Blackboard Jungle résident du Paris Dubclub ; Weeding Dub, Steppactivism ; Hybrid Sound System, Synchrone ; le sound system Natty Breakz à Bordeaux ; Ondubground naît à Tours.
2005High Tone, Wave Digger, Wangtone et le « Lyon Calling Tour » ; Kanka, Don’t Stop Dub ; Paris-Dubmeetings au Cabaret Sauvage.
2006Zentone (High Tone et Zenzile) ; Brain Damage rejoint Jarring Effects ; Miniman, Opus in Dub Minor ; webzine Culture Dub ; premier maxi d’Ondubground ; Dubquake à Genève ; naissance de la Dub Station au Trabendo (2006 ou 2007 selon les sources).
2007High Tone, Underground Wobble ; Kaly Live Dub, On Stage ; EZ3kiel, Naphtaline ; Step4i – Part 1.
2008Improvisators Dub meets Iration Steppas, Inna Steppa Dub ; dixième Dub Station, avec Iration Steppas ; Manutension, Tribute to King Tubby ; Dawa Hi-Fi chez Blackboard Jungle ; Mayd Hubb, The Blue Train.
2009disparition de Manutension et fin d’Improvisators Dub ; Blackboard Jungle à l’University of Dub ; Webcam Hi-Fi, Livity Is My Temple ; Kanka, Sub.Mersion ; Panda Dub, Subcontraire ; Molécule, Climax ; la Dub Station à Rennes, Marseille et Toulouse.
2010Culture Dub Records ; Fedayi Pacha, Qwartz de l’album ; Ondubground et Biga Ranx au Festipop de Frontignan, avec Lion Roots Sound ; Ondubground, Dawa Hi-Fi et U.Stone au Printemps de Bourges « Off » ; Step4i – Part 6, avec Brain Damage, Weeding Dub, Dub Wiser et Kanka.

Ils sont au catalogue d’ODG Prod

Une bonne partie de cette histoire s’écoute aujourd’hui au catalogue du label. Les pionniers y ont été remixés par la génération suivante : High Tone avec Dub To Dub (2017), Kaly Live Dub avec Kaly Live Dub Remixed (2018) et, avec Rod Taylor, Smoke Up Remix (2021), Zenzile avec Zenzile Remixed (2019).

D’autres y figurent : Manutension, l’âme d’Improvisators Dub, avec son Tribute to King Tubby, paru sur French Dub Released et repris avec le catalogue du netlabel ; Miniman ; Kanka ; Uzul, ancien de Kaly Live Dub ; Natural High Dubs, projet d’Antonin Chaplain, claviériste de High Tone ; Gary Clunk. Et Step4i – Part 6 garde la trace de ce moment où Brain Damage, Weeding Dub, Dub Wiser et Kanka se sont retrouvés sur une compilation d’ODG. Le reste est à découvrir dans le catalogue complet.

Une grosse dédicace

Cet article est aussi une grosse dédicace d’ODG Prod à toute la scène des années 1990 et 2000 : aux groupes qui ont sillonné les salles avec leurs machines et leurs effets, aux sound systems qui ont construit leurs enceintes à la main, aux fanzines photocopiés, aux radios associatives, aux organisateurs de soirées, aux labels indépendants et à tous ceux qui ont gravé des CD pour les copains. Sans eux, ni Ondubground ni le label n’auraient existé. Un oubli, une date à corriger, un souvenir à partager : le label invite chacun à le contacter.

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